A N A L Y S E   D E 

  L A   N É B U L E U S E   G O T H I Q U E

 

ÉTUDE  SOCIO-ANTHROPOLOGIQUE

SUR  LA  CULTURE  ET  L'IDENTITE  GOTHIQUE

 

 

,,,,,,ETET

 

 

 

 

 

    PARTIE 1 : CULTURE GOTHIQUE

  1. Emergence du milieu gothique

   2. Les véhicules de l'art gothique

   3. La culture du corps

   4. Valeurs et état d'esprit

   5. La nébuleuse gothique

   6. Régulateur idéologique : la contre-culture

   7. CONCLUSION

 

CHAPITRE 5

LA NÉBULEUSE GOTHIQUE

 

 

Le look gothique faisant parfois peur à certain contemporains peut créer, chez les profanes, une image nébuleuse du milieu, souvent fondée sur des stéréotypes et préjugés. Ce chapitre présente un ensemble de traits de la culture gothique dans le milieu belge francophone. Nous faisons l’explication de ce qu’est une identité alternative, de la place d’un sujet gothique dans un ensemble de réseaux underground et nous terminerons par le rapport entre le milieu gothique et le satanisme.

 

1. Identité alternative : de Lahire à Kaufmann

 

1.1. Ne pas réduire

 

Durant toute la période de recherche, mes informateurs ont émis leur crainte par rapport à mon travail sociologique sur l’inévitable devoir de réduire et de catégoriser les informations recueillies. Certains mêmes ont exprimé un dédain pour la science puisque celle-ci réduit les réalités par des théories. Beaucoup ont insisté sur la multiplicité des facettes de ce qu’est le « gothique » et de ses sujets participants. Nous l’avons vu, la culture gothique est, en effet, riche, productrice et s’exprime par de nombreuses voix et de façons très variées. Mais aussi l’identité gothique de manière anthropologique, celle de l’homme, est elle-même plurielle. Tout d’abord il est primordial d’annoncer que les quinze sujets sur les dix-sept rencontrés refusent d’être « catalogués » comme « gothiques ». Ils expliquent que leur identité ne se résume pas qu’à être gothique et par conséquent ils estiment qu’il n’y a pas lieu de les considéré comme tels, comme gothiques. S’ils le sont, disent-ils, c’est parce qu’ils doivent porter cette étiquette.  

 

Si je suis gothique ? Non, je ne suis pas gothique. Je ne veux pas qu’on me mette dans une case, quoi. Les soirées gothiques ou le milieu gothique est une de mes facettes, mais à côté de ça j’en ai plein d’autres, ne me réduisons pas. (...) Il faut vraiment garder l’esprit ouvert et ne pas réduire le milieu goth à une vision. (…) Parce que multi-facettes et, euh [F. 32 ans, employée de banque, Bruxelles].

 

Les interviewés insistent tous sur le fait qu’être gothique - ils préfèrent dire : participer au mouvement gothique ou être alternatif - ne signifie en rien qu’ils ne sont pas insérés dans d’autres milieux et qu’ils jouent d’autres rôles beaucoup plus fondamentaux comme par exemple celui d’être parent, d’exercer une profession, d’être un consommateur ordinaire[1], etc. bref de participer comme tout sujet à la vie sociale tant sur la scène publique, privée que professionnelle. Il y a donc une identité plurielle comme le développe Bernard Lahire[2] qui s’interroge sur la manière de concevoir l’homme contemporain, et plus particulièrement sur  son action. Lahire rompt avec la tradition sociologique de Pierre Bourdieu qui postule une unicité, une homogénéité du sujet théorisé par le concept de l’habitus.  « Un acteur pluriel est donc le produit de l’expérience – souvent précoce – de socialisation dans des contextes sociaux multiples et hétérogènes. Il a participé successivement au cours de sa trajectoire ou simultanément au cours d’une même période de temps à des univers sociaux variés en y occupant des positions différentes. »[3]

 

1.2. Identité alternative

 

Malgré l’identité plurielle que présente Bernard Lahire, des normes socialisantes dictent des conduites à tenir comme le présente Jean-Claude Kaufmann dans son ouvrage L’invention de soi, une théorie de l’identité.[4]Au sujet de l’identité gothique, les discours fournis par les interviewés et par la littérature consacrée au milieu gothique font clairement écho aux sous-chapitres « être ce que l’on est » et « bénéfices et coûts de la loyauté » de Kaufmann. Cela dans le sens qu’à l’unanimité, tous les interviewés et les personnes rencontrées lors de observations participantes affirment que s’épanouir c’est suivre son propre chemin, celui de sa nature ou plus exactement en parfait écho à Kaufmann « être ce que l’on est ». Cela implique pour les sujets qui se sentent différents de la moyenne sociale – qu’ils appellent « la masse » –   « d’oser son alternativité ». Cette entreprise implique le développement de soi et bien sûr la recherche de soi, processus qui demande une ténacité du sujet devant les résistances que sont les normes dominantes de la société contemporaine. Comme l’explique Kaufmann dans son explication, développer une « identité alternative » (comme l’ « identité gothique ») est un processus à l’antipode de ceux qui laissent leur identité « se formater » par les normes dominantes. À l’inverse de ces derniers qui s’assurent un confort psychologique en abandonnant leur créativité subjective à la socialisation dominante, les « gothiques » s’en écartent pour chercher à être soi. Par un principe de « désassujettissement » à la société, à la socialisation dominante, les sujets gothiques paient le prix d’être considérés comme déviants dans leur travail identitaire. Ce travail identitaire est valorisé au sein du milieu gothique comme il sera expliqué dans la seconde partie de cette étude. Cette démarche dans le milieu gothique est accompagnée par la reconnaissance de devoir quitter un format sociétal dominant pour rejoindre un format alternatif régi également par des normes comme le partage du même goût, dont la plus visible est celle de porter des vêtements « conformes » au style gothique.

 

Je n’aime pas l’injustice, le jugement que les autres portent, le regard des autres sur les personnes qui ne sont pas dites « normales », qui ne sont pas comme monsieur et madame tout le monde, parce que tu n’as pas un t-shirt Nike, une chemise « conforme ». Je n’aime pas ce genre de personnes. Pour moi c’est important d’être soi-même. Le problème est qu’un tas de gens s’habillent comme ça parce que c’est la norme et moi je fuis la norme. Dans un certain sens ça me plait bien d’être gothique parce qu’à partir de ce moment-là, oui, je ne suis pas comme tout le monde. Mais encore un truc contradictoire  une fois que tu es en soirée tu es comme tout le monde parce que tout le monde n’est pas dans la norme et qu’on se retrouve tous dans un milieu plus ou moins caché, on se retrouve pour les mêmes goûts. Je ne suis pas comme tout le monde mais je me mets avec des gens comme moi. Qui se ressemble s’assemble. [H. 32 ans, infographiste, Mons-Borinage].

 

L’interviewé explique – en vertu de l’interprétation que l’on peut faire – qu’il trouve injuste que des personnes soient taxées d’anormales parce qu’elles se vêtent autrement que d’une manière soi disant estimée « conforme ». Pour lui, être soi-même est une valeur plus importante qu’être considéré comme conforme ou normal. Préférant être soi-même l’interviewé (comme les autres interviewés l’ont raconté) fuit la norme pour rejoindre d’autres personnes qui n’apprécieraient pas la norme pour laquelle il a fui. Ce qui donc, en gardant la logique expliquée par l’interviewé, rassemble des individus qui rejettent la norme dominante pour rejoindre un milieu où le goût « alternatif » devient la norme.

 

2. Réseau de milieux

 

Nous pourrons presque dire que le milieu gothique, chargé de ses sous-milieux, ne côtoie que les autres milieux underground. Ces milieux forment un ensemble de plus en plus vaste et la proximité entre les milieux crée beaucoup de confusion, d’autant plus qu’ils s’enrichissent mutuellement dans la production culturelle et pour certains sujets, dans les pratiques sociales. Il convient pour rendre la compréhension plus claire de détailler les milieux underground qui côtoient le milieu gothique pour sa culture qui s’apparentant à la leur. Nos dix-sept interviewés ont tous, sans exception, fait part de leur intérêt pour au moins l’un des milieux qui sont présenté ci-dessous. L’ordre de présentation correspond à la récurrence des milieux auxquels les sujets interviewés participent.

 

Sans surprise le monde musical du rock et de l’electro prend la première place dans le classement. Nous l’avons déjà développé la richesse des styles musicaux précédemment. C’est sur cet axe que les côtoiements sont les plus nombreux et les plus denses. Le mélange ou l’enchevêtrement est profond entre culture gothique et courants musicaux. Parce que les participants à la culture gothique ont généralement des goûts multiples, il est fréquent qu’ils participent tantôt à un concert de metal, tantôt à une soirée de musiques electro mixées par des disc-jockeys. Cependant certains gothiques, plus souvent de la gent féminine, préfèrent la musique romantico-gothique au metal pur et dure qui est une musique « guerrière » par sa puissance. Rappelons que le rock est généralement tourné vers le passé en reprenant des thèmes de révolte ou fantastiques, d’épopées, avec des ambiances sonores et scéniques froides ou violentes, hallucinogènes ou romantiques. Alors que la musique electro, au contraire, donne une ambiance sonore futuriste et puise essentiellement son inspiration dans notre époque contemporaine, dans l’avènement des machines, du « high-tech », mais aussi sur le phénomène de la mondialisation et du terrorisme.

 

La grande majorité des interviewés m’ont fait part de leur participation régulière aux jeux de rôles. L’habitué appelé « rôliste » se voit attribuer un personnage qu’il devra incarner et faire vivre comme si c’était sa propre identité. Le jeu peut prendre différentes formes. Le plus spectaculaire est le jeu en grandeur nature, le « live », généralement effectué en campagne. La forme « papier-crayon » est la plus simple organisation et se joue autour d’une table comme un jeu de société. Internet permet de jouer en réseau et de vivre à distance de manière simultanée le déroulement du scénario. « Les thèmes sont principalement moyenâgeux et plongent les rôlistes dans un imaginaire fantastique. Vampire : La Mascarade (1991) est le jeu de rôle fantastique gothique le plus populaire. Son environnement gothic-punk instaure une atmosphère post-apocalyptique qui célèbre le règne de la décadence, de la corruption, de la violence dans un paysage urbain des plus noirs et des plus baroques, avec ses hautes tours et buildings noircis par la pollution, desquels d’affreuses gargouilles surplombant la ville scrutent les ténèbres. »[5] Notons aussi beaucoup d’intérêt pour Donjons et Dragons (1974) ainsi que L’Appel de Chtulhu directement basé sur l’œuvre de l’écrivain Lovecraft.

 

Le milieu du Fétichisme ou « fetish » a son importance dans le milieu gothique et dans sa culture. Il est l’expression de la sexualité. « Le fétichisme, le terme le plus souvent employé pour signifier la déviance sexuelle, dérive du terme religieux fétiche, qui désigne tout objet cultuel incarnant le sacré ou le divin. Le fétichisme sexuel peut donc se comprendre comme la recherche d’une stimulation érotique par l’emploi d’objet ou de comportement qui, pour la plupart des gens, ne possède que peu, voire aucun attrait érotique. »[6] Nombreux sont les participants du milieu gothique (âgés de plus de dix-huit ans) qui apprécient l’attrait fetish. Cette appréciation en conduit certains vers des clubs fetish. De même, les habitués du milieu fetish s’intègrent facilement dans le milieu gothique. Une interviewée qui fut habituée à participer aux soirées fetish explique la proximité entre le milieu gothique et le milieu fetish.

 

La première soirée underground que j’ai faite, c’était une soirée fetish. Ça devait remonter plus ou moins à la même époque, et ce n’est pas dans le même style. Mais on rencontre parfois les mêmes personnes. C’est… je dirais des mondes parallèles, qui s’entrecroisent, qui se côtoient vraiment. Parce que … ben, je l’ai vu à nos soirées aussi, beaucoup des gens qui viennent en latex ou en vinyle, ce qui est beaucoup plus fetish, mais nos soirées ne sont pas des soirées fetish. Donc, oui, c’est des mondes parallèles qui s’entrecroisent de temps en temps, qui se côtoient. [F. 36 ans, cadre supérieure. Bruxelles].

 

L’interviewée raconte que la première soirée underground qu’elle a faite était une soirée fetish et que cette initiation s’était passée dans la même période que celle dans le milieu gothique. Elle estime que ces deux « mondes » sont parallèles et qu’ils s’entrecroisent puisque les participants se côtoient lors de soirées.

 

C’est le mouvement punk qui fit du fétichisme une priorité dans son programme sexuel pour provoquer les générations plus âgées. Le mouvement gothique va développer l’esthétique et l’iconographie des plaisirs défendus pour séduire, choquer et éveiller les fantasmes. La présentation de soi se sexualise par le look et des objets suscitant l’excitation. La figure vampirique est celle qui incarne le mieux le personnage de séduction. Le déguisement est souvent de rigueur. L’uniforme, l’image féline, le cuir, le latex et le vinyle sont des éléments courants dans les pratiques vestimentaires. J’ai rencontré lors d’observations participantes que des glissements vestimentaires choquent certains participants. Le plus virulent a été la réaction d’un gothique de première génération devant l’uniforme d’officier S.S. avec l’argument que l’esprit gothique est avant tout petit frère du punk et donc anticonformiste, antimilitaire.

 

D’importance plus faible, l’intérêt pour le passé se marque chez les adeptes du monde médiéval. Le Moyen Âge, longue période historique, nous renvoie à des représentations épiques, guerrières, chevaleresques et féodales. Certains de nos contemporains apprécient l’ambiance médiévale à tel point que la fascination les amène, par exemple, à faire de la reconstitution historique. Des clubs s’organisent pour partager cette passion entre fascinés et la présenter aux profanes. Le milieu médiéval ou couramment appelé le « méd » influence la créativité des artistes goths. Les sonorités moyenâgeuses s’infiltrent dans les performances musicales du milieu gothique. Il en va de même pour les arts graphiques, pour la littérature, le style vestimentaire. Ainsi il est possible d’observer des « touches médiévales » dans la culture gothique actuelle.

 

Le B.D.S.M. est un milieu de pratiques sexuelles qui signifie bondage[7] – domination – sadisme – masochisme. Plus extrême que le fétichisme, les pratiques B.D.SM. touchent directement le corps et l’estime de soi. Dans la pratique BDSM, les lieux et décors ont une grande importance et renvoient souvent à des  salles de tortures ; caves et donjons. Les atmosphères sont moyenâgeuses et les lieux par leurs décors permettent  une rupture avec le monde extérieur. Les individus sont hors du monde, hors de leur quotidien et l’impensable peut alors se réaliser, les interdits tomber : il ne reste que désirs et plaisirs.Les communautés  revendiquent une sexualité hors modèles  « traditionnels ». Ils incarnent et expriment un besoin de détruire les valeurs morales léguées par la société puritaine.  Le milieu BDSM,  pour la plupart des participants, est comparable au théâtre, il s’agit d’entrer en scène, de jouer un rôle.  Les accessoires permettent une forme de dépersonnalisation pour s’identifier au personnage qui va entrer dans un rôle codifié. Les pratiques du BDSM ne peuvent se passer de contrat, cela institutionnalise la relation et la rend effective. À ce moment l’univers fantasmatique s’ouvre. Les contrats déterminent les rôles, postures, façons de parler de chacun et indiquent les contraintes réciproques et les limites à ne pas franchir. Également, j’ai pu remarquer lors d’observations participantes la présence d’adeptes du BDSM. Un couple d’homosexuels reliés par une chaîne en fer, l’un devançait l’autre et tirait par la force du poignet son partenaire qui était attaché au cou.

 

Nous concluons que tous les participants au milieu gothique, sans exception, participent également en parallèle à leur identité gothique, à d’autres milieux qui pour la plupart sont underground. Ainsi les sujets gothiques vont également voir dans d’autres milieux tels que les milieux musicaux du rock et electro au sens large du terme, mais pour certains ils iront aussi côtoyer les milieux fetish, rôliste (jeu de rôles), médiéval, sadomasochiste, d’autres encore moins fréquents et qui n’ont pas été relevés au cours des interviews.

 

 

3. Religions païennes et satanisme

 

La culture gothique fait référence aux mythologies et aux religions du Livre mais également aux religions païennes et au satanisme. Nous avons voulu savoir si ces allusions sont anodines ou s’il y a effectivement des pratiques religieuses ou antireligieuses chez les sujets gothiques.

 

3.1. L’amalgame gothique – satanisme

 

Le milieu gothique se sent victime d’un amalgame entre son identité culturelle et le satanisme. Selon les sujets gothiques, les médias et les non-initiés confondent généralement le mouvement gothique avec le satanisme. Nous allons faire la distinction. Cette confusion s’explique par la proximité esthétique entre les deux genres. En effet les points communs sont nombreux sur le plan artistique puisque tout deux produisent des univers sombres et violents. La musique Black Metal est l’un de ces points comme l’explique Antoine Durafour.

 

Il faut évoquer l’attirance des adolescents qui assimilent parfois le mouvement gothique aux «sous-cultures » ou musiques subversives comme le Black Metal, dont les aspects destructeurs et sataniques symbolisent pour eux le refus de l’autorité (parentale surtout). La Culture judéo-chrétienne, ses dogmes et sa Morale, quoi de plus excitant que de s’attaquer à celle-ci en défiant ses figures allégoriques qui sont celle du monde adulte. Ce qui attire de nombreux jeunes dans ce culte c’est la force symbolique qui est contenue dans cette allégorie du diable et non la vénération du Malin. Par conséquent, une multitude de groupes de Black Metal répondent à la demande croissante de ces adolescents rebelles : « Le diable est devenu plus commercial que Dieu » (Cradle of Filth, groupe de Black Gothic, Elegy n°1, p19).[8]

 

Le sociologue prétend dans son ouvrage que l’amalgame favorise l’attirance vers le satanisme chez certains jeunes sujets gothiques. Selon lui l’attirance vers la musique Black Metal et le satanisme s’effectue par l’envie de s’attaquer aux figures allégoriques du monde adulte et à l’autorité en jouant sur les symboles de la culture judéo-chrétienne. L’attirance des jeunes pour le satanisme est donc plus un jeu de refus de l’autorité qu’une réelle croyance et une vénération sataniques. Il conclue ses propos en empruntant une citation de la revue gothique Elegy expliquant qu’une commercialisation du diable répond au désir des jeunes de braver l’autorité. Mais cela ne nous apprend pas s’il y a effectivement des liens réels entre le satanisme et le milieu gothique.

 

3.2. Recrutement et manipulations sataniques dans le milieu gothique

 

Lors de la recherche, personne ne s’est identifiée comme satanique ni même n’a confié qu’elle pratiquait la magie noire. Par contre, deux interviewés se sont déclarés païens et se sont revendiqués avec force comme tels.

 

Aussi, je n’aime pas trop en parler, mais du point de vue religieux, j’ai remarqué que dans le milieu goth on parle beaucoup du satanisme, mais, bon, ça c’est …, évidemment il y en a, c’est vrai,  mais il y a surtout beaucoup de païens, c’est-à-dire des wiccants. La Wicca[9] rejoint des éléments comme druides, sorcellerie, spiritualité, il y a beaucoup de choses. Il y a des gens qui sont tout à fait athées. Moi, je me considère païen. [anonyme1].

 

On a les intégristes musulmans qui eux veulent nous faire avaler leur religion, comme les catholiques l’ont fait ici il y a 2000 ans, à nous, qui de base ne sommes pas catholiques. D’ailleurs je ne le suis absolument plus. Moi, je suis paganiste nordique. [anonyme2].

 

Nous voyons chez ces deux narrateurs qu’il y a déni de la religion chrétienne au profit d’une reconversion au néopaganisme. Il semble que ces cas ne sont pas isolés selon le premier narrateur. En outre, celui-ci explique qu’il y a des athées et que le milieu gothique parle beaucoup de satanisme. Y a-t-il réellement des conversions au satanisme comme d’autres l’ont fait pour les religions païennes ? Nous n’avons pas de réponse à cette question mais des confidences anonymes laissent comprendre cependant le rapport entre le satanisme et le mouvement gothique. Le troisième extrait essaie d’expliquer cette relation. La prudence du narrateur indique le caractère confidentiel et ésotérique de son témoignage.

 

Pour la grande généralité des gens, actuellement, ils confondent la religion avec le catholicisme. Par exemple pour la plupart des gens, ils ne connaissent que les trois religions du Livre, c’est-à-dire le christianisme, l’islam et le judaïsme. Et pour la plupart des gens une religion c’est dominatrice. C’est ce qu’ils pensent alors qu’ils n’y connaissent rien. Pour la plupart de ces abrutis qui se mettent au satanisme c’est parce qu’ils veulent être anticatholiques mais quelque part ils ne connaissent rien de cette religion, ou tout simplement en religion. (…) Parce qu’étant donné que la plupart de gens n’y connaissent rien ni dans les religions, ni en magie, ni en quoi que ce soi, il y a certaines personnes qui, elles, savent ce qu’elles veulent faire, qui vont venir... comment dire... qui vont s’agglutiner au mouvement [gothique] de façon à pouvoir utiliser l’énergie qui va être développée par heu… par les gens qui se trouvent dans le milieu. Il y a des gens qui récupèrent ça c’est sûr. Il y a même des gens qui organisent des soirées uniquement pour pouvoir heu... Ah ça, je ne vais pas te le dire, ça c’est sûr ! Mais il y a des gens qui trafiquent dans le culte, qui organisent des soirées gothiques de façon à trouver l’énergie à la masse, de façon à ... mais bon pour ça il faut être croyant. (…) Mais déjà ils ne vont pas se dire satanistes. Ils ne vont certainement pas le dire parce qu’on n‘attire pas les mouches avec du vinaigre et déjà on va vous dire ... non, on n’va rien vous dire du tout ; plus ils peuvent se cacher mieux c’est pour eux. Mais ce ne sont pas forcément des satanistes, ça peut très bien être des gens qui trafiquent dans le culte peu importe le nom qu’on peut leur donner, sorcellerie ou autre chose. (…) Et les gens qui y vont n’ont absolument pas conscience de ce qui se passe. Pour eux, ils vont passer une soirée, ils s’amusent, ils dansent et ils ne remarquent rien parce qu’ils ne sentent même pas qu’ils sont entre guillemets l’objet d’un complot, d’une prise d’énergie, la leur. Oui, c’est de la manipulation ! Ils ne sont pas au courant, mais il y en a qui le sont hein ! Quelqu’un qui s’y intéresse le sent, mais c’est après un certain temps et avec intelligence qu’on peut comprendre qu’il y a un problème. (…) Bah oui, on va dire qu’ils y en a qui sont agglutinés au mouvement [gothique] parce que ça leur rapporte et d’autres qui font vraiment partie du mouvement, ce n’est pas une règle fixe hein. C’est assez délicat comme sujet car de base ce n’est pas très crédible de parler sous l’image de certaines personnes que je connais bien mais il est vrai que j’ai des preuves dues à ma propre expérience. [anonyme2].

 

L’extrait fait l’explication de la relative liaison entre le milieu gothique et le milieu satanique. Des propos similaires à cet extrait m’ont été donnés par une autre personne lors d’une observation participante (en soirée gothique). Nous n’avons pas la preuve objective des faits précisés par ces informations mais, selon ce qui nous a été rapporté, des adeptes du satanisme viennent dans les soirées gothiques pour faire du recrutement. Les « recruteurs » organisent des soirées dans le but de profiter de la naïveté des sujets gothiques invités pour l’occasion. Notre narrateura eu le souci de garder secrets des éléments qu’il détient à propos de manipulation de sujets. Malgré la limitation des informations émises, nous pouvons comprendre que des sujets refusant les grandes religions s’adonnent au satanisme ou à la magie (blanche et/ou noire ?). Les recruteurs effectueraient des soirées dites gothiques en vue de manipuler des sujets ignorant les réelles intentions des organisateurs. Toujours selon l’informateur, le but de ces soirées est de capter l’énergie des invités par un procédé qu’il refuse d’expliquer.

 

Nous avons vu, que chez les dix-sept interviewés, deux se disent de religion païenne (l’un se disant wiccan et un second paganiste nordique). Nous pouvons penser qu’ils participent à un milieu religieux mais nous ne disposons pas de preuve. Préférant garder l’anonymat et limitant les informations, nous avons compris à partir de leurs propos qu’il y a des gothiques qui touchent à la magie et à la sorcellerie, voire au satanisme. Il semblerait que le milieu gothique soit une porte d’entrée vers des organisations obscures et/ou sataniques. Après avoir exploré les côtoiements entre le milieu gothique et d’autres milieux, intéressons-nous à l’aspect organisationnel qui régit la culture gothique.

 

4.Organisations

 

Le milieu gothique se constitue d’organisations nées d’initiatives locales et privées en vue de se donner les moyens de partager une même culture. Il existe deux types de structures. Le premier s’occupe de rassembler les initiés de manière événementielle. Le second type d’organisation concerne la diffusion d’informations.

 

4.1. L’événementiel

 

4.1.1. Scènes de vie sociale

Sont organisés de manière régulière soirées, concerts et festivals. Ces événements permettent aux initiés de se sentir membre d’une communauté et de partager un intérêt commun par leur participation active. C’est lors de ces événements que les participants affichent leur look. La soirée et le festival sont les lieux où l’exubérance stylistique est la plus forte ce qui nécessite une préparation relativement longue avant de se « montrer en public ». Certains peuvent prendre plusieurs heures pour se préparer. A la différence d’une soirée, se rentre à un concert demande aux protagonistes une tenue plus légère, plus pratique, plus sobre. Dans un concert la foule vit un moment de rassemblement aigu, c’est-à-dire que l’espace entre les participants est très réduite et que les contacts physiques sont inévitables. Cette proximité unifie les spectateurs qui entrent en agitation pouvant aller jusqu’à la transe grâce à musique, aux jeux de scène mais surtout grâce au charisme des musiciens. Certains interviewés parlent de « messe » ou de « célébration » pour désigner ce type de rassemblement où chacun peut vivre de manière fusionnelle le partage d’une même musique, d’un même état d’esprit, d’une même culture. Les soirées et les festivals sont plutôt des moments de rencontres sociales. Nous verrons comment les sujets vivent leur première soirée et concert dans la deuxième partie de ce travail.

 

4.1.2. Stéréotype des soirées gothiques

Par leur look noir, les sujets gothiques renvoient à plein de stéréotypes et de l’amalgame avec le mouvement satanique. Les interviewés pensent que dans l’imaginaire des profanes, les soirées et autres moments de rassemblement du milieu gothique sont des événements qui évoquent des similitudes avec les pratiques sataniques.

 

Ce n’est pas parce que c’est une soirée gothique que c’est une soirée différente d’une autre. (…) C’est une soirée avec des gens qui ont envie, qui sont tous habillés en noir, ils écoutent tous une musique. Mais il n’y a pas … il n’y a pas de partouse comme les gens peuvent se l’imaginer ou qu’on glorifie Satan ou qu’on massacre, qu’on fasse des sacrifices en plein milieu de la soirée, mais non, c’est juste une soirée avec de la musique, les gens boivent un coup, on danse sur la musique et ça ne va pas plus loin quoi. [H. 36 ans, technicien son. Mons-Borinage].

 

Cet interviewé réfute la représentation qu’il imagine que les profanes se font des soirées gothiques. Il est vrai que durant notre recherche nous avons fréquemment entendus ce type de représentation stéréotypée de la part de profanes.Le rapport au sacrifice est d’autant plus d’actualité puisque l’on peut découvrir régulièrement dans l’actualité qu’ont lieu, un peu partout en Europe, des rites et des sacrifices, parfois humains, par des personnes revendiquant que leurs gestes ont été ordonnés par Satan[10]. La méconnaissance et bien souvent l’ignorance totale de ces deux mouvements (ayant une proximité stylistique) engendre l’amalgame satanisme-gothique.  Or, ayant confronté les interviews avec les observations participantes nous pouvons affirmer que, dans le milieu étudié, les fêtes gothiques ne sont en rien des événements sanguinaires et délictueux.

 

4.2. Diffusions d’informations

 

4.2.1. La presse et autres versions papiers

Les milieux underground se voulant des milieux à part, « hors du système », ne bénéficient pas des moyens de diffusion des mass medias.[11] Comme les autres milieux underground, le milieu gothique organise en son sein son propre réseau d’information. Les journaux et revues sont les moyens les plus anciens, mais aujourd’hui s’organise une presse underground spécialisée dans la diffusion de la culture gothique. Les magazines Elegy  et D-Side sont les mensuels le plus popularisés en France et en Belgique francophone. Ils se commercialisent à grande échelle puisqu’on les trouve dans toutes les librairies. Cet indicateur montre qu’il y a actuellement une forte demande et par conséquent que le milieu gothique a pris une grande expansion depuis les années 1980. Ces magazines nous apprennent les nouvelles tendances de la « mode » gothique, relate les dernières sorties de produits culturels gothiques et s’intéressent aux artistes contemporains qui mettent en valeur la culture gothique. Bien sûr, le mensuel informe aussi son lectorat sur les événements organisées. Les informations en version papier se font également sous forme de flyers (prospectus) que l’on retrouve généralement en abondance à l’entrée des salles de concert ou dans les soirées.

 

4.2.2. « parano.be »

L’évolution technologique rythme la puissance de diffusion ce qui a permis au milieu d’augmenter sa présence sur ce qui constitue sa meilleure vitrine : internet. Sites internet, forum et blogs d’expressions gothiques pullulent sur la « grande toile ». C’est le site parano.be que le milieu gothique en Belgique utilise le plus volontiers.

L'application est développée depuis octobre 2003  par Jean-Charles Nadé (informaticien français résidant à Bruxelles).  Pour comprendre l’importance de ce réseau il est à noter qu’en avril 2007, la communauté des « paranoïaques » comptait 9 serveurs et + de 90 000 inscriptions avec 25 000 utilisations par semaine et 5000 utilisateurs hyperactifs du site pendant plus de deux heures par jour.[12] Parano.be regroupe des domaines autonomes à thème dont les plus peuplés (selon les moments) par des « gothiques » concernent grosso modo la musique underground, la culture obscure (dite dark), le vampirisme, le fetish, etc. Notons juste que les autres domaines concernent les milieux estudiantins, les fans des jeux vidéo (stigmatisés comme « geeks » ce qui signifie « crétins » à cause du fait que ces fans s’abrutiraient en abusant des jeux vidéo), la musique, la spiritualité et attitudes (ex. be yourself, new-age, taoïsme), des passions (ex. culture asiatique), des rôlistes (joueurs de jeux de rôles), des communautés régionales, et tant d’autres centres d’intérêts artistiques et culturels.

Le forum de ce site permet d’informer l’ensemble des internautes des événements qui sont organisés dans le royaume mais également à l’étranger. Les « citoyens » de ce site habitant la France viennent volontiers aux soirées belges tout comme les gothiques belges se rendent régulièrement aux soirées et concerts organisés en France. Il y a donc une mobilité assez forte chez les participants pour l’échange et la rencontre, ce qui favorise davantage la communication et la diffusion des informations.

D’ailleurs, les organisateurs du site ont, depuis quelques années, investi leurs énergies dans l’organisation des « nuits paranoïaques ». Ces fêtes régulières se font dans les caves d’Auderghem (Bruxelles) et rassemblent des milliers de membres dans une ambiance festive et délirante. A ces occasions, chaque domaine détient un stand faisant office de fenêtre sur ses activités, sur sa culture. Bruxelles ayant donné le pas, des soirées parano se conceptualisent à Paris et dans d’autres grandes villes francophones (y compris à Montréal). Ces fêtes permettent, selon les informations orales reçues, aux sujets gothiques de se rencontrer en dehors d’internet et de promouvoir leur culture, leurs activités sur leur stand aux autres paranoïaques. Nous avons vu au cours de la recherche que les sujets gothiques apprécient les fêtes de parano et certains d’autres eux n’hésitent pas à participer aux fêtes paranoïaques organisées en France et en profitent pour donner des informations du réseau gothique en Belgique en distribuant desprospectus.

 

 

En conclusion de ce chapitre nous rappelons que le sujet gothique est une identité alternative, c'est-à-dire qu’il s’agit d’un sujet qui se reconnaît comme un individu ayant plusieurs facettes dans sa vie, compte tenu du fait qu’il multiplie sa participation dans des réseaux différents. Il y a une recherche du sujet à développer les différentes parties de son identité quitte à sortir des normes sociales. Ensuite nous avons présenté les milieux underground les plus fréquentés des sujets gothiques. Ces milieux enrichissent la culture gothique tant au niveau artistique que dans les pratiques sociales. Et enfin, nous avons éclairci les relations entre le mouvement gothique et le satanisme. Ces relations sont essentiellement de nature artistique mais il s’avère que le satanisme tente d’ouvrir une porte d’entrée dans le milieu gothique et cherche à recruter des participants. Pour compléter la compréhension de ce qu’est le milieu gothique en Belgique francophone, nous avons présenté les deux types d’organisations qui le structurent. Le premier s’occupe de rassembler les participants lors d’activités festives de manière occasionnelles. Sont repris dans cette catégorie les associations d’événements tels que les soirées, les concerts et autres festivités. Le second type d’organisation concerne la diffusion d’informations aux moyens de sites internet, de revues, de prospectus, etc.

 

 > suite : 6. Régulateur idéologique : la contre-culture



[1] Pas une personne interviewée ou rencontrée n’a raconté qu’elle n’était pas un consommateur ordinaire. Tous expliquent participer activement à la société de consommation. Il est donc inductible malgré leur discours anticapitaliste au sein du mouvement gothique que celui-ci ne soit pas, à l’heure actuelle du moins, un mouvement où on tend à une certaine consommation alternative.

[2] LAHIRE, Bernard. L’homme pluriel, les ressorts de l’action. Nathan. Paris, 1998.

[3] Ibid. p.42

[4] KAUFMANN, Jean-Claude. L’invention de soi. Une théorie de l’identité. Armand Colin. Paris. 2004.

[5] Durafour, Antoine, op. cit., p.44

[6] BADDELEY, Gavin, op. cit., pp.260-261

[7] Bondage (du verbe anglais to bind, lier) est une pratique érotique qui consiste à contraindre, d'une manière ou d'une autre, son/sa partenaire à l’aide de cordes et de bâillons, de bandes adhésives, de lanières,de chaînes ou de tout autre ustensile liant la ou les parties(s) du corps concernée(s) (comme les bras, les jambes, le torse/les seins, la taille, etc.). Cette pratique viendrait du Japon sous la dictature de Tokugawa au XVIe siècle. (Source : www.fr.wikipedia.com)

[8] DURAFOUR, Antoine. 2000, op. cit., p.131

[9] La Wicca, religion ou philosophie, puise ses croyances dans le chamanisme, le druidisme et les mythologies grecque, slave, latine et nordique. La Wicca s'inscrit dans la mouvance européenne du néo-paganisme de la première moitié du XXe siècle.  Elle consiste en un syncrétisme élaboré dans les années 1930 par le britannique Gérard Gardner et fut popularisée par celui-ci pendant la Seconde Guerre mondiale et après, à travers des livres qui furent publiés au Royaume-Uni à partir de 1939. Ses adeptes, les wiccans, prônent un retour au culte de la Nature et rejettent souvent les religions qui ne sont pas autochtones et qui ont supprimé la leur comme le christianisme en Europe. (Source : www.fr.wikipedia.com)

[10] 9 juin 1996 – Profanation du cimetière de Toulon et exhumation du cadavre d’une femme de 77 ans par un quatuor de jeunes satanistes. 20 décembre 1996 – Le curé de Kingersheim est assassiné à la suite d’un « flash satanique » de la part de son agresseur, connu pour son activisme satanique et sa proximité avec l’un des profanateurs de Toulon. 1998 – Finlande : trois satanistes (dont une mineure) torturent, violent et tuent un de leur ami. 1998-2005 – Italie : affaire des satanistes du groupe des « Bêtes de Satan » : cinq adeptes liés par un « pacte diabolique » ont sauvagement assassiné trois de leurs amis. 1999 – Turquie : assassinat et viol d’une jeune  fille par trois satanistes turques dans le but d’apaiser Satan suite au séisme meurtrier. 1999 – Pologne : une femme et un adolescent membre d’une secte satanique sont sacrifiés lors d’un rituel satanique, puis découpés et brûlés. Juin 2001 – Italie (Chiavenna) : trois jeunes filles affectionnant l’univers sataniste assassinent une religieuse. Mars 2001 - Près de Besançon, torture d’une adolescente par deux jeunes filles, dont l’une d’entre elle avait déjà participé à des rituels satanistes. 15 avril 2001 – Un jeune couple de satanistes saccage 369 tombes dans une commune de l’Ariège. Juillet 2001 – Allemagne (Witten) : les « époux sataniques », comme la presse allemande les surnomme, enlèvent et assassinent un de leur collègue « sur l’ordre de Satan ». 2006 – Plusieurs jeunes satanistes incendient et profanent des cimetières et exhument des cadavres entre le Morbihan et le Finistère. Source : MIVILUDES, Lesatanisme, un risque de dérive sectaire. La documentation française. Paris, 2006, p. 68

[11] A l’exception, en Belgique francophone, de la radio gouvernementale Classic 21 dans des émissions nocturnes consacrées aux musiques rock extrêmes. Également dans les émissions de certaines petites radios locales et indépendantes (ex. Rock FM en Flandre)

[12] Source : www.fr.wikipedia.com

Accueil

.............................Table des matières.............................

Bertrand de Witte

Autres articles sur le gothique

Autres travaux réalisés