A N A L Y S E   D E 

  L A   N É B U L E U S E   G O T H I Q U E

 

ÉTUDE  SOCIO-ANTHROPOLOGIQUE

SUR  LA  CULTURE  ET  L'IDENTITE  GOTHIQUE

 

 

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    PARTIE 1 : CULTURE GOTHIQUE

   1. Emergence du milieu gothique

   2. Les véhicules de l'art gothique

   3. La culture du corps

   4. Valeurs et état d'esprit

   5. La nébuleuse gothique

   6. Régulateur idéologique : la contre-culture

   7. CONCLUSION

 

CHAPITRE 6

REGULATEUR IDEOLOGIQUE : LA CONTRE-CULTRE

Compréhension transversale

 

 

 

Au terme de toutes les observations faites lors de la recherche nous disposons d'éléments nous incitant à faire l’hypothèse qu’une idéologie[1] régit le mouvement gothique. Cette idéologie n’est pas facile à saisir puisqu’elle s’inscrit dans la culture du milieu et de ce fait elle est partagée par la communauté se manière naturelle, quasi inconsciente. L’idéologie du milieu gothique est pour ainsi dire peu visible pour nos informateurs qui participent à cette culture. Nous faisons en tout cas l’hypothèse qu’il en existe une et qu’elle porte son influence tant à l’intérieur du milieu gothique qu’à l’extérieur. Étant donné la difficulté  d’expliquer l’idéologie du mouvement gothique nous l’aborderons par le développement de thématiques. La compréhension de l’idéologie et des enjeux dans laquelle elle se situe a été facilitée grâce à la lecture de l’ouvrage de Jean-Lous Harouel Culture et Contre-cultures cité au début du travail.

Ce chapitre est en quelque sorte une compréhension transversale de cette première partie consacrée à la culture gothique puisqu’il explique l’idéologie gothique. Celle-ci est en quelque sorte le moteur de la culture gothique fonctionnant derrière ses productions artistiques, ses logiques sociales, ses réseaux et ses formes d’organisations structurelles. Ce chapitre donne donc une tentative d'explication de l’idéologie gothique produite à travers sa culture et réaction contre la culture dominante. Il sera complété par le dernier chapitre de la partie suivante puisqu’il présente l’assimilation de cette idéologie dans la subjectivité des participants. Cherchons d’abord à comprendre l’idéologie gothique au niveau sociétal en commençant par montrer sa relative invisibilité pour les participants.

 

 

1. Idéologie tacite

 

Nombreux sont les sujets gothiques qui refusent de croire qu’il existe une idéologie dans leur  mouvement et qui affirment que par respect à l’esprit[2] gothique il ne faut surtout pas qu’il y en ait une. Cependant, les sites internet et la littérature spécifique au milieu ou sur le milieu, mais également l’analyse des interviews effectuées pour la recherche montrent, tous, pourtant qu’il y a bel et bien cachée, au travers un discours et un langage symbolique, une idéologie. Cette idéologie est celle de la subversion de la culture dominante ou, dit plus simplement, une contre-culture. L’idéologie de la subversion nous semble être l’essence même du milieu. Elle est ancrée dans toutes les logiques d’action à tel point que les sujets gothiques eux-mêmes ne la perçoivent pas ou peu. Avant donc de développer cette idéologie nous allons montrer que cette idéologie est dissimulée et comment.

 

1.1. Subversion dissimulée

 

Étant donné le caractère artistique du milieu, il importe de comprendre le « message » du mouvement gothique à travers un langage symbolique. C’est donc par le langage artistique que nous pensons que la subversion s’exprime et s’opère. Celle-ci se dissimulerait donc dans l’esthétique produite ou récupérée par le milieu gothique.

 

Déjà, à la base, dans le mouvement gothique il n’y a rien de clair, de précis, de prédéfini, tout est tacite. Il n’y a pas de message clair, de manifestation, ça je l’ai déjà dit. Donc, tout se transmet par la parole, par la musique, par les recherches que l’on peut faire soi-même, par le questionnement sur soi aussi, par l’esthétique aussi. [H. 18 ans, étudiant, Wavre-Ottignies].

 

Toutes les sources d’informations montrent que la « subversion gothique » n’est pas un processus clairement défini et conscientisé par les sujets gothiques.

Selon nous, cette idéologie subversive est une contre-culture qui s’apparente au programme subversif du mouvement punk. Elle consiste au renversement de certaines valeurs et pratiques de notre culture européenne.

 

Puisqu’une culture se voyait être un instrument d’oppression de la classe dominante, le mouvement punk a donné la naissance au mouvement gothique en convertissant son programme nihiliste et anarchique en un programme culturel ou contre-culturel. Le mouvement punk, à ses débuts, était en effet opposé à toute culture et prônait un retour à l’animalité. Mais certains punks, las du vide intellectuel de leur contre-culture, ont engendré une culture artistique pour intégrer l’idéologie contre-culturelle du mouvement punk et dadaïste. C’est donc en commençant à manipuler les représentations culturelles et en leur donnant une sombre esthétique que le mouvement gothique est apparu. En dénaturalisant ce qui représente la domination culturelle le mouvement contre-culturel renverse les références culturelles produites et partagées par ce qui fait la norme. La subversion vise en réalité l’identité même de la culture dominante, celle qui permet la cohésion sociale par son homogénéité culturelle.

 

De cette manière, comme d’autres mouvements contre-culturels, le mouvement gothique subvertit la culture dominante par des pratiques artistiques sous la justification qu’il s’agit simplement d’un jeu esthétique. Les sujets gothiques prétendent, sans exceptions, que le langage artistique du milieu gothique n’est d’une fin en soi. Cette justification correspond au principe de « l’art pour l’art ». En effet, ils se disent désintéressé de la conséquence de la manipulation des symboles et ne se préoccupent que de la création artistique. Cette prétention sert à balayer toute critique mais surtout elle permet d’éviter le dévoilement de ce qui se cache derrière cette manipulation de symboles. Howard S. Becker dans son ouvrage Outsiders consacré à l’étude de la déviance explique que ce procédé de justification n’est rien d’autre qu’une arme permettant de dissiper le doute et la critique : « La plupart des groupes déviants ont un système d’autojustification (une « idéologie »). De tels systèmes contribuent certes (…) à neutraliser les restes d’attitudes conformistes que les déviants peuvent éprouver à l’égard de leur propre comportement ; mais ils remplissent encore une autre fonction : ils fournissent à l’individu des raisons solides, à ses yeux, de maintenir la ligne de conduite dans laquelle il s’est engagé. Une personne qui peut dissiper ses propres doutes en adoptant un système de justification s’installe dans une forme de déviance plus réfléchie et plus cohérente ».[3]

Du dadaïsme à nos jours, grâce à la ramification des mouvements contre-culturels l’idéologie de la subversion s’inscrit progressivement dans l’esprit de nos contemporains. Socialisés par la culture gothique, les sujets gothiques n’ont pas toujours le recul nécessaire pour découvrir l’idéologie subversive qui se trame dans leur culture. De génération en génération les protagonistes se limitent à l’expression esthétique et rhétorique de la culture gothique et ne voient pas que dans ce langage artistique vit une idéologie, celle de renverser la culture dominante. Et de la subdiviser en un ensemble de cultures indépendantes, tolérantes les unes aux autres ? Question demeurant ouverte.

Le mouvement gothique en Belgique et en Europe centrale ne semble pas organiser des méthodes de subversion d’une autre force que celle de l’art. Mais peut-être que la voie symbolique est la stratégie la plus efficace pour changer une mentalité. Son efficacité réside peut-être par le fait que la subversion est dissimulée dans un jeu esthétique la rendant de ce fait invisible tant à l’extérieur du milieu gothique que pour un bon nombre de participants. Cette invisibilité ne peut que croître grâce au processus de socialisation. Il existe bien-sûr des sujets gothiques ayant pleinement conscience de l’idéologie subversive et de la capacité d'action comme le témoigne ce jeune de 18 ans.

 

Mais il y en a plein qui adorent par exemple le film Fight Club[4] parce que là ce sont vraiment des gens qui se bougent le cul. Et je suis sûr qu’un truc comme ça pourrait marcher dans le mouvement goth. (…) Il y a une part de punk dans chaque goth. Ils choisissent des voies de facilité comme l’esthétique, le repli sur soi ou l’imaginaire. Mais d’un autre côté, tu as vu que, dès que les gens peuvent s’exprimer, ils viennent. Donc peut-être si on leur offre la possibilité de bouger ils bougeront. [H. 18 ans, étudiant, Ottignies-Wavre].

 

Ce narrateur estime que des sujets gothiques pourraient agir autrement que par l’esthétique, le repli sur soi ou l’imaginaire. Il souhaite, selon notre interprétation, que le milieu gothique agisse par des moyens plus radicaux, plus efficaces. Il donne l’exemple du film Fight Club dans lequel des clubs de combats mi-nihilistes mi-terroristes détruisent ce qui symbolise le conformisme. Le film se termine par la destruction d’immeubles où siègent des entreprises multinationales. A notre connaissance, le milieu gothique n’organise pas d’action délictueuse ou criminelle. Son activité principale demeure la production artistique dans laquelle il fait passer son message, son idéologie subversive. Mais de quelle manière la production artistique du milieu gothique peut-elle exercer une influence sur la culture dite dominante ? Qu’est-ce qui constitue cette culture dominante et qui est réellement la cible de l’idéologie contre-culturelle du mouvement gothique ?

 

 

 

2. Subversion par la symbolique

 

2.1. Vider les symboles

 

La culture gothique telle que j’ai pu l’étudier en Belgique francophone (en tenant compte de ce qui se fait en France et à l’étranger) est un milieu où l’expression artistique est conçue par un jeu de symboles et d’imageries, c’est-à-dire des représentations chargées de sens. La particularité de ce jeu artistique réside dans le fait que les sujets gothiques prétendent que cette activité n’a qu’une visée esthétique, qu’il n’y a aucun souci du contexte symbolique à l’origine. Subversion, le gothique en fait son message. Comment ? Par un jeu de manipulation, de provocation, de déracinement de leur contexte d’origine, des symboles et des imageries sont vidés de leurs sens. Croix chrétienne (debout ou renversée), pentagramme[5] (étoilé renversé), la numérologie dont les chiffres 13, 69 et 666 sont les plus répandus et symboles mythologiques comme le marteau de Thor[6], mais aussi animaux fabuleux, tête de mort, blessure mortelle, déformation corporelle, corps érotisé, mutant, ange, démon, etc. sont des composants de création esthétique, telle la matière première des artites gothiques. Durafour dans son mémoire termine le chapitre la culture des goûts (où il présente les aspects culturels, esthétique et sociaux du milieu gothique) en mentionnant la manipulation des symboles. Je le cite : « La plupart de ceux qui se plaisent à détourner les symboles religieux (ceux de la religion chrétienne) et ces icônes respectés s’intéressent rarement aux implications conceptuelles et parfois politiques de leurs actes. Leur utilisation trouve son sens dans sa force esthétique, et bien-sûr dans leurs représentations symboliques de l’acte ».[7] L’imagerie gothique est ainsi faite par souci esthétique dans une logique de l’art pour l’art cachant un discours de subversion symbolique.

 

 

2.2. Perversion valorisée par l’esthétique

 

C’est par la médiation symbolique (en l’occurrence exprimée par l’esthétique) que s’exerce une violence symbolique à l’encontre de la manière dominante de vivre, de penser et d’agir de notre civilisation européenne. Il semble qu’il y ait une remise en question des notions de Bien et de Mal et de leur contenu épistémologique. Nous pensons qu’il y a un souhait tacite de pervertir la « bonne conscience », en commençant par une remise en question des deux valeurs élémentaires qui constituent culturellement l’essence de la morale et du jugement. Perversion qui agit par le langage esthétique pour subvertir les bases du jugement de valeur. Baddeley rejoint ce postulat en déclarant que « L’esthétique gothique renvoie depuis toujours à la subversion, l’idée de tout mettre sens dessus dessous. »[8]

 

Comme il a été expliqué, le discours gothique propose un langage esthétiquement sombre et peu conforme aux goûts classiques. Le mouvement gothique, dès sa naissance, prendra comme héritage les artistes et intellectuels du XIXe siècle –  principalement les romantiques – qui avaient osé pervertir le Bien, le Beau et le Bon en sublimant le Mal, le Laid et le Mauvais. Baudelaire est l’un de ces artistes maudits. Les Fleurs du Mal est une merveilleuse alchimie. Sa poésie rend sublime ce qui était à son époque juridiquement perçu comme une offense indéniable à la morale publique et religieuse. Il est condamné pour outrage aux bonnes mœurs et son ouvrage faisant scandale frôle la censure. Dès la fin du romantisme, de Sade à Gide, se suivent des artistes et intellectuels qui se défoulent dans la sublimation de (ce qui est socialement perçu comme) l’immoral et de l’ignoble. Séduits par leurs œuvres, les modernes se posent la question de savoir si l’art doit être forcément moral. En effet, étant donné que des artistes et intellectuels créent des œuvres moralement inacceptables la beauté devient une qualité sur laquelle on s’interroge. Qu’est-ce qui est beau/laid ? Qu’est-ce qui est bien/mal ? Qu’est-ce qui est bon/mauvais ?  L’art doit-il est moral ? En tout cas, depuis la modernité et l’avènement de la démocratie, la société se libère petit à petit d’un cadre normatif où le tout devient est possible. Les artistes optent pour une esthétique moralement libérée.

La formation de la démocratie moderne permet à des mouvements artistiques de s’organiser afin de poursuivre les attaques contre toute logique, toute morale, contre tout pouvoir et contre toute raison. Le dadaïsme est le fer de lance de ses mouvements en ouvrant une guerre artistique contre les valeurs de société. L’art se mue et les mentalités changent. Elles sont à la recherche de nouvelles définitions des bases élémentaires de notre culture que des mouvements d’avant-gardes bousculent. Bref, au fil de la modernité, les valeurs n’ont plus de définition partagée par tous.

 

 

2.3. La confusion et la remise en question

 

Cette progression s’est faite tout au long de la « détotalisation  du modèle normatif sociétal »[9] de notre société pour aboutir actuellement à ce que nos contemporains fassent une distinction de plus en plus floue entre ce qui est considéré comme bien et ce qui est considéré comme mal. Le psychanalyste Philippe van Meerbeeck[10] s’intéressant à la perversion raconte cette confusion de sentiment chez les jeunes devant les œuvres d’art qui valorisent la perversité. Il écrit : « Exprimé par l’artiste, le lien subversif est sublimé : “peu importe le sujet, c’est la patte, l’art qui le transfuge.” Mais cet homme est dangereux parce qu’en promettant de les aimer et d’en faire les héros de ses romans, il provoque chez ces adolescent(e)s un traumatisme, de l’ordre de la confusion des sentiments, qui crée un blocage dans leur croissance. »[11]

Il est donc naturel que des groupes sociaux, appuyés sur la liberté d’expression, posent à la société la question de la légitimité du contenu épistémologique des mots chargés de valeurs morales comme le Bien, le Beau et le Bon. Qu’est-ce qui est bien ? Qu’est-ce le bien ? Quels sont les critères pour juger ce qui est bien et ce qui ne l’est pas ? Ces questions ressortent des réflexions de la communauté gothique où les préjugés et les stéréotypes reviennent comme leitmotiv pour exemplifier cette réflexion. C’est par le canal esthétique et symbolique (la voie vestimentaire est la plus visible de par son excentricité) que le mouvement gothique nous invite à nous interroger sur ces questions qui se rapportent à la morale et à l’éthique. Cette progression de confusion intéresse philosophes et sociologues.[12] Dans le milieu gothique, la réflexion intellectuelle semble s’orienter vers la croyance que la société produit et reproduit un mensonge moral.

 

 

3. Perceptions imposées par socialisation dominante

 

3.1. Fourberie

 

La fourberie s’explique par le fait que le milieu gothique estime, en règle générale, que les « gens ordinaires » emploient et perpétuent des principes de jugement qui semblent faux pour les sujets gothiques et qui dupent la justice compte tenu de l’étiquetage qu’élaborent ces principes sociaux. En effet, lors des interviews, ressortait souvent la notion de justice. Nombreux sont les interviewés qui demandent dans leurs propos que « les  gens ordinaires » comprennent et acceptent que ce qui est perçu comme ou représente le bien, le gentil, l’adorable, le souhaité, le consensuel, le conforme, n’est pas forcément ce qu’il y a de mieux, ce qui est réellement bien, bon. Et à l’inverse le considéré et perçu comme repoussant, anormal, mauvais, ne représente pas, selon eux, forcément le contenu attribué par ces adjectifs. Une demande se fait donc entendre de relativiser les qualifications, les « étiquettes » posées sur les hommes et sur les choses ainsi que d’éviter d’en poser le moins possible. Cette demande de relativiser et d’éviter l’étiquetage s’explique par les interviewés du fait que l’étiquetage est extrêmement mal perçu par le milieu gothique. En effet, celui-ci déteste le classement, la catégorisation et voit par conséquent dans l’étiquetage une pratique réductrice et/ou insensée. Un certain relativisme d’influence nietzschéenne peut expliquer le refus de qualifier les choses et de considérer que l’attribution d’adjectifs est une erreur culturelle. Par exemple le caractère « morbide » si souvent attaché à la culture gothique par les discours extérieurs du milieu (ex. dans la presse) signifie chez certains interviewés la croyance qu’il s’agit d’une erreur de qualification. L’adjectif « morbide » prend une autre définition chez les sujets gothiques que j’ai pu interviewer. L’un d’eux explique ce qu’il entend par « morbide » :

 

Morbide ? La poupée en porcelaine ! (silence). Mais déjà je trouve que les clowns c’est flippant. Je plaisante à moitié hein mais bon. (…) ce côté petite fille modèle, toute gentille qui… qui peut cacher un monstre quoi. Quelque part, moi je préfère les gens qui s’affichent, eux ! … comme nous, nous qui nous affichons, on montre ce qu’on est. Plutôt que le mec, ou la fille qui vient avec un beau sourire, tout gentil, tout beau et qui derrière ça est un monstre… un peu comme la publicité. Moi ce qui, ce que je trouve morbide c’est se cacher, par exemple un serial killer, psychotique, il va se cacher, il va se fondre dans la masse, les pédophiles aussi. (…) Moi, déjà, quand j’étais enfant je trouvais et je trouve toujours que ce petit visage figé c’est morbide. Pour moi ce genre de machin, je trouve que ça représente trop, comment dire, le côté consensuel des gens, vous savez : je suis gentil(le), je suis bien habillé(e), je souris, (l’interviewé prend une voix ironique) mais qu’est-ce que je cache derrière ? [H. 35 ans, artiste. Mons-Borinage].

 

À la lecture de cet extrait représentatif d’autres discours enregistrés, nous pouvons penser que le consensuel serait pour le milieu gothique un principe social de domination disqualifiant ce qui ne respecte pas les règles conventionnelles. L’exemple expliqué dans l’extrait montre ce qui est qualifié de « morbide » dans le milieu gothique. Selon les interviewés, la société estime que la culture gothique est morbide parce qu’elle se caractérise par une esthétique sombre, menaçante et pleine de représentations symbolisant la mort. Alors que le milieu gothique n’estime pas vraiment morbide sa culture et ses productions culturelles. Certains interviewés estiment au contraire que la morbidité correspond à ce qui est consensuel, conventionnel, autrement dit ce qui se trouve dan le socialement acceptable. Le milieu gothique ajoute souvent à ce propos que des sujets se cachent derrière les principes consensuels (« se fondre dans la masse ») pour commettre des monstruosités, comme le font les pédophiles, les tueurs en série. La fourberie que dénonce le milieu gothique peut donc être comprise comme l’usage social d’un système de références (les adjectifs) qui détermine ce qui est admis et ce qui est non admis. Ce système permet d’homogénéiser socialement ce qui fonde le jugement moral et de réprimer ce qui est considéré comme non-conventionnel, asocial, amoral. La fourberie résiderait dans le fait que des gens se dissimulent dans cette homogénéisation en commettant des monstruosités sans pour autant être socialement mal perçus. Alors que des sujets qui se montrent avec des caractères socialement inacceptables et ne commettent pas des monstruosités sont pourtant perçus comme asociaux, immoraux, autrement dit : déviants. Ce décalage entre déviance effective et déviance perçue a été expliqué par Becker et nous l’avons pris en considération dans la définition que nous donnons à la déviance dans la partie introductrice du mémoire.

Pour les sujets gothiques, cette fourberie est ce système de jugement qui s’est socialement construit au gré du temps et ce principalement par ce qui a été le plus longtemps le fondateur de notre système de pensée : le christianisme.Celui-ci est en fait critiqué pour avoir élaboré un système de jugement estimé trop réducteur par le milieu gothique.

 

3.2. Socialisation réductionniste

 

Chez les gothiques, la dichotomie entre le Bien et le Mal, qui est à la base de tout jugement, paraît simpliste. De manière récurrente, nous avons observé une remise en question de la construction de cette dichotomie qui, selon les témoignages recueillis, réduirait le jugement et l’appréciation que l’on porte sur les choses et les actions.

 

La lutte entre ce qu’on appelle, pour l’Église, qu’elle soit catholique ou autre, entre le bien et le mal. Pour moi, ce n’est pas aussi tranché que ça. [F. 36 ans, cadre supérieure. Bruxelles].

 

Toutes ces notions de noir égale mauvais c’est catholique, que la nuit ce n’est pas bien et tout ça, le coté morbide, la mort et tout ça. Il y a pas mal de choses qu’on nous a inculquées, qui viennent de quelque chose qui n’est pas de NOS racines. [H. 35 ans, artiste. Mons-Borinage].

 

Cette dichotomie fondamentale est contestée et le refus s’adresse à ceux qui l’ont élaboré et inscrite au fil de la socialisation de notre société, autrement dit à ceux qui ont instauré une morale dans notre civilisation se faisant. C’est souvent le christianisme qui est accusé d’avoir été le fondateur et le gardien réductionniste des charges épistémologies de la dichotomie Bien-Mal et d’avoir inculqué des mensonges aux peuples de nos régions qui se voyaient progressivement inscris dans une nouvelle civilisation fondée par la foi religieuse judéo-chrétienne comme l’expliquent brièvement les deux extraits ci-dessus. Puisque la société continue à employer le système de valeurs judéo-chrétiens selon le milieu gothique, celui-ci s’en détourne pour exprimer une autre conception de la morale de la judéo-chrétienne en se basant sur l’importance de devenir soi-même quitte à se marginaliser.

 

 

 

4. Déviance culturelle et construction de la vérité

 

4.1. Assujettissement et perversion ordinaire

 

Le goût pour les choses non conventionnelles, comme le goût pour le « morbide », peut être vu comme une déviance de considération et il devient une déviance culturelle quand ce goût particulier est partagé par un milieu qui en fait des ingrédients de sa propre culture. C’est cette déviance culturelle qui caractérise le mieux la culture gothique puisque le mouvement s’inscrit dès son apparition dans l’underground, dans le mouvement de la contre-culture. La critique récurrente des interviewés est que la société est hypocrite dans le sens que les « gens ordinaires », n’acceptent pas la nature humaine telle qu’elle est. Pour les sujets gothiques « être soi » signifie être un sujet qui se dégage des consensus les plus assujettissants pour libérer au mieux la subjectivité. Certains se rendent compte que c’est un processus de construction de soi qui dérange autrui par son projet pervers du « vivre ensemble sans autrui » pour reprendre le sous-titre de la Perversion ordinaire[13], ouvrage du psychanalyste J.P. Lebrun. L’expression des opinions, émotions et sensations relève de cette liberté. Or, les interviewés voient que la majorité de nos contemporains se laisseraient « berner par la société de masse » et qu’ils seraient conditionnés à agir et à réfléchir selon un modèle normatif, celui du mimétisme de masse dans la masse. Si les sujets gothiques, d’une manière générale, prétendent se sentir un peu plus « désassujettis » de certains pans du modèle normatif sociétal que les gens ordinaires, ils avouent cependant être entrés dans un autre modèle normatif, celui du milieu gothique, qui correspondrait mieux à leur épanouissement identitaire. Ce passage d’appartenance d’une masse d’individus ordinaires vers un milieu alternatif s’expliquerait par le besoin de trouver un espace de socialisation dans lequel le sujet sent qu’il sera libre de développer au mieux, par action et interactions, sa subjectivité. Ce qui signifierait que les sujets se socialisant dans le milieu gothique ne trouvent pas dans la société de masse une correspondance suffisante à ce qu’ils désirent pour leur épanouissement identitaire. Nous verrons cela dans la seconde partie.

 

4.2. La construction de la vérité

 

L’hypocrisie dénoncée par les interviewés se trouverait dans le regard du monde et dans ses considérations. Les propos recueillis sont relativement différents mais convergent vers la pensée selon laquelle la société – ou plus précisément la socialisation – nous enseigne de gros mensonges et cache une partie de la vérité. Nos intéressés semblent remettre fondamentalement en question les concepts de base de la moralité. La construction de l’épistémologie et l’héritage cultuel de la « bonne » catégorisation de la relation entre bien-mal, beau-laid et bon-mauvais sont au centre de la critique du mouvement gothique. Ainsi, chacun de nous intérioriserait, par la culture et par la socialisation dominante, des valeurs dont le contenu épistémologique est trop simplifié, incomplet et à certains égards faux. Tromperie qu’il importe, selon les sujets gothiques, d’une part, de rejeter pour ne plus être dupe, pour se forger soi-même et, d’autre part, tromperie qu’il faut subvertir pour établir une vraie définition des valeurs morales et de changer les représentations qui lui sont liées. Ce débat philo-sociologique touche intimement la sociologie de la connaissance et la théorie de Berger et Luckmann[14] sur la construction sociale de la réalité. Un sous-chapitre nommé Maintenance and Transformation of Subjective Realiy[15] traite la question de la réalité légitimée par la socialisation. Quant à Philippe van Meerbeeck, psychanalyste, il nous interroge sur l’influence des œuvres produites par des personnalités perverses et qui deviennent aux yeux de la société des références culturelles. « La remise en cause des « valeurs » pousse le pervers à refaçonner et réinterpréter la réalité communément observée dans une transfiguration poétique, artistique ou mystique. Il recherche donc particulièrement des activités de cet ordre et y excelle. C’est ainsi que nous sommes redevables à des pervers d’une grande part des œuvres artistiques, poétiques et philosophiques qui comptent dans le patrimoine commun. Il n’en reste pas moins ce fait troublant et que l’on peut s’interroger sur l’influence de ces œuvres sur le lecteur : intéressé, séduit, choqué, horrifié, « perverti » peut-être. »[16]

 

 

 

5. Séduction du sublime et épanouissement des tentations déviantes

 

La dichotomie Bien-Mal, base fondatrice de toute valeur et tout jugement (et donc de la représentation que l’on se fait et se donne de la réalité), que des interviewés estiment réductionniste, trouve chez les philosophes Kant et Burke une réponse plus subtile qui est celle du sublime. Ce serait le sublime qui attirerait les gothiques. La notion de sublime peut être pensée aussi bien dans le domaine de la représentation imagée (esthétique) que dans le domaine de l’action humaine (faits et gestes). Nous allons voir par la théorie de Becker comment il est possible de passer de la séduction du sublime à l’épanouissement d’une tendance déviante et de cultiver un goût non conventionnel. Malheureusement ne sera pas développé, par souci de brièveté, l’interprétation freudienne de la sublimation (Sublimierung)qui est la « transformation des pulsions inacceptables, occasionnant des conflits intérieurs, en valeurs socialement reconnues. »[17]

 

5.1. La séduction du sublime plutôt que le charme de la beauté

 

C’est d’une culture au goût décalé, déviant (au sens de Becker), que le message gothique –  celui de relativiser la connaissance et les valeurs –se transmet à la société au moyen d’un format esthétique dark et peu consensuel. Mais pourquoi cette esthétique plaît-elle à des sujets et plus particulièrement aux sujets gothiques ? C’est là une question qui concerne la psyché et qui est reprise par Bauddeley dans son ouvrage. Il va chercher une réponse dans la réflexion philosophique de l’anglais Edmund Burke. Je cite ici Bauddeley qui pose la question du goût gothique et y répond en se rapportant au philosophe anglais: « “ Pourquoi les choses monstrueuses devraient-elles nous plaire ?” La réponse à cette question reste encore un mystère qui intriguait déjà les critiques des premiers romans gothiques. C’est dans une brochure de 1756, rédigée par le politicien et philosophe Edmund Burke et intitulée Recherche philosophique sur l’origine de nos idées du Sublime et du Beau[18], que les auteurs gothiques trouvèrent la première grande justification de leurs corpus. Pour Burke, deux idéaux s’affrontent : d’une part, le Beau conventionnel, qui nous attire en combinant ordre et culture classique ; d’autre part, ce qu’il nomme le « sublime », violent, effrayant et captivant, concept qui fut par la suite associé à la culture gothique. (…) La beauté séduit en contentant le spectateur, alors que le sublime stimule en le dérangeant ou en le submergeant ».[19]

Inspiré par Burke, son homologue anglais Emmanuel Kant consacrera une œuvre philosophique sur la distinction entre le beau et le sublime.[20] Cette distinction fait écho à toutes celles que l’on a eu l’occasion d’écouter chez nos interviewés : « La nuit est sublime, le jour est beau »[21] « Aussi se montre-t-il très sensible à la beauté dont il attend non seulement qu’elle le charme mais qu’elle l’émeuve en lui inspirant de l’admiration. Ses plaisirs, pour être sérieux, n’en sont pas moins vifs. Toutes les émotions du sublime l’enchantent plus que les folâtres attraits du beau »[22] et, dans Critique de la faculté de juger[23], Kant poursuit : « ce sentiment (que procure le sublime) va de pair avec sensation de danger, de quelque chose de terrifiant et d’horrible ».[24]

Combien de fois, au cours, de la recherche, ai-je entendu les mêmes propos que ceux donnés par les deux philosophes ? De nombreuses fois ! En effet, nombreux sont les sujets gothiques qui m’ont expliqué leur répulsion pour ce que Kant appelle les « folâtreries du beau » et pour ce que Burke dénomme le « beau conventionnel ». Nos interviewés ne font pas la distinction terminologique entre le beau et le sublime. Cependant les sujets gothiques peuvent expliciter ce qu’ils pourraient appeler d’une part « le beau conventionnel » et d’autre part « le beau gothique ». Nous avons souvent entendu « le beau artistique » pour le sublime. L’analyse des interviews montre en effet que de manière récurrente les interviewés expriment le même intérêt pour ce que Kant et Burke appellent tous deux « le sublime ». Nos répondants expliquent comme le raconte le passage ci-dessous qu’ils ont une préférence pour ce qui émeut par des jeux de sublimation et ce qui est à l’encontre des goûts des gens dits « ordinaires » et de la culture dite « bien pensante ».

 

Je ne peux pas dire quand ça a commencé, mais ça m’a toujours interpellé, quelque part la musique, les images et tout ça et je pense que c’est une série d’images et de cultures esthétiques qui vont totalement à l’encontre des gens bien pensants. Le noir, la mort, le sang, les musiques agressives …heu… ça ne vas pas ! Je crois qu’on peut le dire clairement, c’est à l’encontre de la bonne éducation judéo-chrétienne qu’on a dans notre civilisation européenne. Et donc quelque part, je pense, je me trompe peut-être mais je pense, comme beaucoup de gens, refoulés ou coincé quelque part en soi, ça te plaît bien mais … presque tu ne vas pas t’avouer à toi-même parce que c’est quand même bizarre, c’est MAL !!  que... voilà, j’aime le pas socialement acceptable. [H. 25 ans, employé en banque. Bruxelles].

 

Le sujet avoue son goût pour ce qui n’est pas socialement acceptable. Il reconnaît que ce goût est étrange et nous témoigne sa difficulté à l’avoir reconnu comme apprécié. Sa comparaison s’établit en prenant comme référence l’éducation judéo-chrétienne. Par interprétation on pourrait croire qu’il estime que les gens bien pensants de notre civilisation judéo-chrétienne sont contre les représentations du noir, de la mort, du sang et les musiques agressives et que cette catégorie social estimeraient qu’aimer ces représentation serait une déviance, un mal. L’interviewé se trouve dans la situation inverse de celle de la norme puisqu’il reconnaît être séduit par des images et cultures qui vont à l’encontre du goût conventionnel. Autrement dit, le répondant, qui ici représente quasi tous les autres interviewés puisqu’ils pensent presque tous la même chose, estime à l’aide de la grille d’analyse judéo-chrétienne qu’apprécier ce qui est sublime est un mal mais défend pourtant son goût non conventionnel. Puisque cela est mal il y aurait donc une déviance dans l’éducation religieuse à être séduit par du sublime et à ne pas refouler le goût du sublime. Déviance bien sûr qui n’est que mental puisque l’appréciation est surtout une manœuvre intellectuelle de réception d’informations et de considération. Intéressons-nous à l’action déviante dès lors qu’un sujet s’engage à cultiver son goût non conventionnel en se nourrissant d’une culture déviante.

 

5.2. Tentation déviante et engagement

 

H.S. Becker explique dans sa théorie qu’il est possible dans la déviance de faire une carrière professionalisante. Nous ne développerons pas tout à fait ce point car nous nous intéresserons plutôt à la participation des sujets à une culture déviante. Nous ferons l’explication du processus de socialisation dans une culture déviante à partir du fait que des individus reconnaissent en eux le goût pour les choses non-conventionnelles. Explication qui se construira tout au long de la seconde partie du présent travail mais posons ici les prémisses des explications en nous intéressant à la tentation de dévier.

La tentation déviante est celle d’un goût particulier pour ce qui n’est pas socialement acceptable. Ce goût non-conventionnel se développe chez le sujet qui se laisse séduire par la sublimation de ce qui dérange et submerge. De cette séduction naît chez le sujet la tentation de cultiver ce goût. S’enchaîne ensuite le besoin  de se nourrir d’une culture déviante. De ce besoin éprouvé consciemment ou non le sujet ne cherchera pas forcément à satisfaire son goût déviant. Il peut réprimer ses tentations de manière à ne pas payer le prix de sa déviance. Il peut également mettre en place des techniques de protection pour neutraliser les résistances à son engagement. H. S. Becker explique que « Quand un individu “normal” découvre en lui-même une tentation déviante, il est capable de la réprimer en pensant aux multiples conséquences qui s’ensuivraient s’il y cédait ; rester normal représente un enjeu trop important pour qu’il se laisse influencer par des tentations déviantes ».[25] Deux voies sont possibles pour « épanouir » la tentation déviante chez l’individu en échappant aux conséquences de ses engagements dans le monde conventionnel. La première est celle où l’individu pendant toute sa jeunesse a eu, pour des raisons particulières, à éviter d’une manière ou d’une autre de nouer des alliances avec la société conventionnelle. Ni réputation à soutenir ni emploi à conserver dans le monde conventionnel, l’individu se sent libre d’obéir à ses impulsions. La seconde voie, plus courante, est celle que nous développerons en seconde partie de ce travail. Ici, les gens « restent sensibles aux codes conventionnels de la conduite et, pour pouvoir se livrer à un premier acte déviant, ils doivent composer avec cette sensibilité ».[26] Les participants à la culture gothique éprouvent, en effet, de fortes tentations de respecter la loi et composent avec celle-ci en déployant des techniques de neutralisation, c’est-à-dire qu’ils justifient leur déviance de goût, leur déviance culturelle. La première technique est de se rassembler après avoir découvert de manière individuelle et indépendante leur goût déviant. Rejoindre ou créer un groupe social partageant le même goût permet à ceux qui cèdent à leur tentation déviante de mieux faire face aux conséquences de leur engagement dans la société conventionnelle. Becker résume ceci en disant : « Bref, les individus apprennent à participer à une sous-culture organisée autour d’une activité déviante particulière. » [27]

 

Nous concluons ce dernier chapitre de la première partie du travail consacrée à la tentative d’expliquer l’existence d’une idéologie dans le milieu gothique. Cette idéologie n’est pas évidente à dégager puisqu’elle est dissimulée dans la culture du milieu gothique. Cependant pour tenter de l’identifier, nous avons choisi de l’aborder par des thématiques. Nous avons essayé de montrer que la culture gothique a la propriété d’être une culture déviante, c’est-à-dire socialement inacceptable. L’idéologie motivant la production de la culture gothique s’explique par la volonté de modifier – de subvertir – les références permettant le jugement, c’est-à-dire le Bien, le Bon et le Beau. La subversion consiste à modifier le contenu épistémologique de ces valeurs par la sublimation de ce qui est socialement inacceptable. Il s’agit d’une contre-culture dans le sens où cette volonté de subvertir des références morales s’attaque au christianisme qui est le générateur et le gardien de celles-ci et qui a constitué le système de pensée de notre culture, de notre civilisation. Nous verrons dans la seconde partie du travail que l’idéologie gothique a besoin d’un encrage dans la subjectivité des participants pour fonctionner au niveau sociétal.

 

> suite : 7. CONCLUSION



[1] Nous appelons idéologie un système de significations, de représentations et de valeurs propre à un groupe social, concernant l’organisation et les normes, les légitimant ou les contestant, et participant à la régulation des attitudes et des comportements. Le Robert – Seuil. Dictionnaire de Sociologie. Paris. 1999.

[2] Nous utilisons ici le terme « esprit » majoritairement employé dans ce contexte par les participants du milieu gothique. Il conviendrait mieux de dire « institution » selon la définition de Durkheim: Il s’agit de « toute manière de faire, de voir ou de penser, qui acquière un caractère normatif et tend ainsi à s’imposer aux acteurs ». DURKHEIM, Emile,  règles de la méthode en sociologie, PUF. Paris, 1967.

[3] BECKER, Howard, op. cit, p.61

[4] Fight Club film américain réalisé par David Fincher et sorti en 1999. Histoire : Un employé de bureau, expert en assurances (Edward Norton, le narrateur), seul, dans la trentaine, souffrant d'insomnie chronique et désillusionné par la vie, recherche une façon de s'évader de son existence monotone, façon qu'il trouvera grâce à l'aide d'un louche vendeur de savon, mi-nihilise, mi-terroriste, Tyler Durden (Brad Pitt), qui lui fera découvrir une nouvelle façon de vivre et de voir les choses. Les deux personnages trouveront ainsi leur liberté face à la prison de la réalité à travers un Fight Club (club de combat) underground qu'ils créeront ; où l'homme peut être ce que le monde lui nie d'être. Le film est une critique des hommes et des femmes de notre société occidentale. Par Tyler, ils sont décrits comme étant des êtres soumis à l'apparence des mannequins des magazines et des publicités, qui selon l'exposé du film, influencent la perception de leur virilité et dégradent leur jugement inné. Tyler considère que vivre dans une société de consommation, de l'accepter puis de devenir acteur ne peut pas mener au bonheur. Selon lui, la seule possibilité valable serait de vivre primitivement, où l'on chasserait pour manger, où l'on vivrait loin de tous ces faux-semblants. (Source: www.fr.wikipedia.com)

[5] Pentagramme : étoile à cinq branches. Plusieurs significations. Il est souvent interprété comme étant la représentation les éléments majeurs (Air, Feu, Eau, Terre, Esprit). Le pentagramme étoilé renversé, c’est-à-dire avec la pointe vers le bas) est  depuis quelques temps associé au satanisme.

[6] Marteau de Thor : Dans la mythologie germano-scandinave, l’un des trois objets magiques du dieu Thor qui le rend infaillible.

[7] DURAFOUR, Antoine, 2000, op. cit., p.38

[8] BADDELEY, Gavin, op.cit., p.72

[9] Processus faisant déchoir le modèle normatif inscrit dans toutes parties de la société par la multiplication de références normatives au sein de cette société. Dans une société plurielle, comme la nôtre, s’observent plusieurs logiques, croyances et manières de procéder.

[10] MEERBEECK (van), Philippe. L’infamille ou la perversion du lien.  De Boeck. Bruxelles. 2003

[11] Ibid., p.76

[12] Nous pensons principalement aux brillantes théories philosophiques sur la distinction des différentes natures du mal développée par les auteurs suivants : Emmanuel KANT, Hannah HARENDT, Susan NEIMAN et Claudia CARD. Notons aussi André COMPTE SPONVILLE et le sociologue Raymond BOUDON, tous deux reprenant la thèse de Max WEBER. Le premier explique que ce déficit de repères et ce questionnement proviendrait du déclin du respect des valeurs lesquelles sont transmises par le religieux, et du capitalisme lequel est un système amoral. Le second explique qu’on est passé d’un système où la religion avait quasiment le monopole sur le discours de la morale à un système où elle ne représente qu’une source d’inspiration parmi d’autres. Il conclut dans ses travaux que le bien et le mal sont moins conçus comme définis d’avance dans le groupe des jeunes et des plus instruits. De même, le fait qu’il existe une pluralité de discours sur la morale, sur la notion de bien et de mal, au nom de la liberté individuelle, engendrerait une tolérance générale ou un relativisme poussé entre les sujets post-modernes.

[13] LEBRUN, Jean-Pierre. La Perversion ordinaire. Vivre ensemble sans autrui. Denoël. 2007 

[14] BERGER and LUCKMANN. The social Construction of reality. 1966

[15] Ibid. pp.166-182

[16] MEERBEECK (van), Philippe, op. Cit., pp. 75-76

[17] Le Grand Robert 2000. CD-ROM multimédia. Paris, 1999.

[18] BURKE, Edmund. Recherche philosophique sur l’origine de nos idées du Sublime et du Beau. Londres, 1756

[19] BADELLEY ? Gavin, op. cit., p.13

[20] KANT, Emmanuel. Observations sur le sentiment du beau et du sublime, 1784, trad. fr. par R. Kempf, Paris, 1992.

[21] Ibid., p.19

[22] Ibid., p.30

[23] KANT, Emmanuel. Critique de la faculté de juger. Gallimard Folio essais. Paris, 1985.

[24] Ibid., p.113

[25] BECKER, Howard, op.cit., p.50

[26] Ibid., p.51

[27] Ibid., pp. 53-54

 

 

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Bertrand de Witte

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