A N A L Y S E   D E 

  L A   N É B U L E U S E   G O T H I Q U E

 

ÉTUDE  SOCIO-ANTHROPOLOGIQUE

SUR  LA  CULTURE  ET  L'IDENTITE  GOTHIQUE

 

 

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      INTRODUCTION

     1. Introduction et Question de départ
     2. Problématique
     3. Intérêt de la recherche
     4. Cadre théorique
     5. Méthodologie
     6. Etapes de la recherche

 

4. Cadre théorique

 

 

 

Dans l’héritage sociologique, nous nous référons au paradigme constructiviste de Peter Berger et de Thomas Luckmann  qui considèrent que les hommes construisent par leurs interactions une réalité du social. Sont plus particulièrement employées les théories sur la construction identitaire des auteurs suivants. Nous retenons chez Jean-Claude Kaufmann son développement sur le travail identitaire du sujet. Bernard Lahire nous intéresse pour sa théorie de l’homme pluriel qui correspond aux sujets gothiques que nous avons rencontrés dans la mesure où ces personnes se reconnaissent comme faisant partie de plusieurs réseaux ou milieux, et par conséquent ont plusieurs facettes identitaires. David Le Breton nous apporte son regard sur la société actuelle qu’il considère complexe et saturée d’informations. Nous lui empruntons également sa théorie sur la construction identitaire par la dimension corporelle. D’Erving Goffman nous retenons sa compréhension du rejet social et du stigmate.

 

Au niveau de la question de la déviance sociale et de la culture déviante ainsi que sur le développement du goût déviant, les théories évoquées seront complétées par l’apport tantôt sociologique, tantôt psychanalytique ou encore philosophique. Les auteurs repris sont, d’abord pour la sociologie, Howard S. Becker qui a donné les bases sur l’étude de la déviante ; nous lui empruntons des définitions, ses explications sur la tentation de la déviante et les pratiques déviantes ; nous prenons chez Antoine Durafour des descriptions d’éléments de la culture gothique et de son apport sociologique sur la culture de goût du milieu gothique. L’étude de la construction identitaire ne peut ignorer la dimension psychologique et par conséquent nous nous référons à deux psychanalystes freudiens. Philippe van Meerbeeck est référé pour son analyse sur la perversité sociale et morale à travers les arts modernes et contemporains. Jean-Pierre Lebrun nous intéresse pour son regard sur les conséquences morales de ce qu’il appelle la « perversité ordinaire ». Finalement, la philosophie est également de mise puisque nous articulons Emmanuel Kant et Edmund Burke qui distinguent au niveau artistique la différence entre le beau et le sublime.

 

Afin de nous assurer que la compréhension de l’objet d’étude débute sur de solides fondements, il nous semble nécessaire de définir trois concepts-clés sur lesquels repose tout le développement que l’on fait. Il s’agit de la culture, de la contre-culture et de la déviance. En fin du travail, dans un index analytique, sont placées des définitions de termes employés régulièrement.

 

Les sciences sociales offrent une multitude de définitions de la culture. Celle qui a retenu notre attention est celle deGuy Rocher, sociologue québécois. Il a forgé la sienne dans le but d’unifier les diverses définitions. Mais surtout notre choix se porte sur le fait que sa définition rejoint l’approche constructiviste que nous avons choisie. En effet, elle se centre sur toutes les formes de l’activité humaine (cognitives, affectives, conatives [au sens de l’agir] ou sensori-motrices) qui ne reposent pas sur l’hérédité ou l’instinct mais bien sur l’apprentissage et sur la construction de groupes sociaux. Rocher définit donc la culture comme étant : « un ensemble lié de manières de penser, de sentir et d’agir plus ou moins formalisées qui, étant apprises et partagées par une pluralité de personnes, permettent à celles-ci de former une collectivité particulière et distincte. »[1]

Nous considérons que la contre-culture est « un ensemble de productions culturelles (littéraires, musicales, plastiques) et de comportements ludiques s’opposant à la culture désignée comme dominante. »[2] Et nous insistons sur le fait que ce concept de contre-culture « décrit les phénomènes de subversion, d’opposition ou de résistance aux modèles dominants. Des groupes ont des modes de vie autonomes et refusent l’imposition des normes. »[3]  « Derrière cette appellation de contre-culture, il y a le phénomène du gauchisme américain qui, historiquement, s’est développé aux Etats-Unis dans la décennie 1960 ; il a eu des retombées en Europe, dont la plus spectaculaire est indiscutablement la crise de Mai 68. »[4]

Nous appelons déviance la transgression des normes instituées par une collectivité ou perçue comme telle par celle-ci alors qu’aucune norme n’a été transgressée. Cette définition résume celle d’Howard S. Becker[5]. Celui-ci précise que « le déviant est celui auquel cette étiquette a été appliquée avec succès et le comportement déviant est celui auquel la collectivité attache cette étiquette ».[6] Il poursuit en disant que « la déviance est créée par les réactions des gens à des types particuliers de comportements et par la désignation de ces comportements comme déviants ».[7]

Nous avons fait le choix d’appeler sujet la personne humaine car l’étude que nous faisons s’intéresse à la subjectivité humaine dans ses relations sociales et avec les arts. Le sujet gothique est le sujetqui s’est construit une identité correspondant à la culture gothique, qui reconnaît et/ou qui est reconnu par d’autres sujets gothiques pour s’en être construit une.

 
> suite :5. Méthodologie 

 

[1] ROCHER, Guy, Introduction à la sociologie générale, "Tome 1 : l’action sociale". Montréal. 1969, p. 88.

[2]Dictionnaire de sociologie. Le Robert – Seuil. Paris, p.113

[3] BERA, Mathieu et LAMY Yvon. Sociologie de la culture. Armand Colin, Cursus. 2003. Paris, p. 197

[4]http://www.ichtus.fr/article.php3?id_article=255. Date de mise en ligne : 8 décembre 2006

[5] BECKER, Howard S. Outsiders. Etudes de sociologie de la déviance.  Métaillié, 1985. Paris

[6]Ibid., p.33

[7]Ibid., p.41

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Bertrand de Witte

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