A N A L Y S E   D E 

  L A   N É B U L E U S E   G O T H I Q U E

 

ÉTUDE  SOCIO-ANTHROPOLOGIQUE

SUR  LA  CULTURE  ET  L'IDENTITE  GOTHIQUE

 

 

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      INTRODUCTION

     1. Introduction et Question de départ
     2. Problématique
     3. Intérêt de la recherche
     4. Cadre théorique
     5. Méthodologie
     6. Etapes de la recherche

 

6. Étapes de la recherche

 

 

 

Dans la logique constructiviste qui est la nôtre, nous présentons ici les étapes de la recherche. En effet, ces étapes permettent de comprendre comment a été construit l’objet de notre étude.

 

Connaissant peu de la culture gothique, je commence la phase exploratoire par une recherche tout azimut sur internet en découvrant sites, forums et blogs[1]. Le jeudi 6 avril 2006 j’en apprends un peu plus par une interview d’un commerçant indépendant qui vend, entre autres, des articles et vêtements « metal » et « gothique ». Celui-ci m’aiguille vers un de ses clients qui deviendra l’un de mes informateurs. Je prends également contact avec le sociologue Antoine Durafour qui vient de publier un livre amélioré de son mémoire de maîtrise[2] sur l’objet qui nous intéresse. Nous nous rencontrons le samedi 8 avril 2006 pour une interview semi-directive sur son ouvrage avant d’effectuer une immersion dans la boîte de nuit « The Steeple » à Waregem. Ce lieu de rencontre existe depuis 1989, ce qui lui vaut d’être considéré par les initiés comme authentique, c’est-à-dire plus ou moins de l’époque de l’émergence du milieu gothique en Belgique. C’est dans ce lieu que j’effectue ma première observation participante. Aucune résistance rencontrée à ma démarche d’investigation : je découvre une ambiance fraternelle et festive. L’annotation « Be yourself in darkness » au bas du logo de la boîte de nuit m’ouvre une porte de recherche. J’interroge quatre membres se disant habitués du milieu gothique qui tous prétendent que les « gothiques » sont des personnes capables de s’affirmer et que ce processus engendre une incompréhension de l’extérieur du milieu, créant préjugés et stéréotypes et engendrant parfois à leur égard violence verbale et/ou physique. A demi-mots, les interviewés m’invitent à comprendre les raisons pour lesquelles ils ont choisi de participer à la culture gothique. C’est de cette invitation que vient ma question de départ : comment et pourquoi des personnes font-elles le choix d’intégrer le milieu gothique ?

 

Mi avril 2006, je reçois par mon premier informateur le conseil de découvrir une nouvelle organisation d‘événements gothiques sur Bruxelles appelé « BliZark ». Cette organisation devient mon terrain de recherche pour les raisons suivantes : parce qu’elle se caractérise par une touche romantique et féérique, touche qui, selon ce que j’ai entendu dire, n’existait pas encore vraiment avant en Belgique francophone;  mais surtout parce qu’elle vient de voir le jour, et donc rassemble régulièrement, dans un premier temps en tout cas, les habitués qui sont inscrits dans le réseau des événements gothiques et qui par conséquent en ont une bonne connaissance. J’ai donc à ma disposition une population d’initiés et la possibilité de suivre l’évolution d’une structure à partir de ses débuts. Prenant contact avec la responsable pour l’informer de mes intentions de recherches, celle-ci répondra positivement à ma demande après concertation avec les autres organisateurs. Pour faciliter mon entreprise, je reçois son parrainage au site parano.be [3] dans lequel se diffusent communications, avis et opinions du milieu gothique francophone mais aussi entre les milieux qui le côtoient. Je reçois le conseil d’être discret pour mener ma recherche car ce site est organisé de manière à dénoncer, puis éventuellement éliminer tout suspect qui s’infiltre dans le but de poser des questions un peu trop investigatrices. Par exigence du site, je conçois ma fiche descriptive pour gagner la confiance des autres citoyens. Cette confiance me permet de monter en hiérarchie et d’accroître mes options sur le site et d’améliorer mes possibilités d’entrer en contact avec les autres « citoyens ». Suite aux conseils reçus, je choisis de m’inscrire dans la communauté dite « dark ». Celle-ci, selon les avis entendus, serait, sur ce site, plus authentique que la « gothique » qui elle rassemblerait des jeunes peu informés de la culture gothique. Ces propos m’ont donc permis de comprendre qu’il existe un débat interne sur l’authenticité de « l’identité gothique » et que ceux qui se considèrent comme tels fuient ceux qui ne le seraient pas. S’ouvre donc un espace réflectif. Un travail de documentation et de lecture débute également.

 

 

Le 6 mai 2006, j’effectue ma seconde observation participante lors de la soirée BliZark. Celle-ci est la première sur mon terrain de recherche. L’accueil chaleureux et immédiat des responsables permet d’emblée de déceler leur souhait qu’un chercheur s’intéresse à leur organisation. Présentations et démonstrations manifestent l’enthousiasme de part et d’autre et la volonté mutuelle d’une coopération. Avec leur aide, les rencontres sont nombreuses, ce qui facilite l’élaboration d’une liste de 14 contacts acceptant d’être interviewés ultérieurement par la méthode du récit de vie. Bien souvent leur participation à ma recherche est encouragée par leur volonté d’avoir eux-mêmes une meilleure compréhension de la complexité du milieu qu’ils côtoient. Quelques résistances ou refus sont constatés. Ils s’expliquent par le fait qu’une journaliste d’une revue mensuelle belge avait interviewé certains d’entre eux et que l’article[4] de cinq pages avait fait scandale au sein de leur milieu par l’interprétation réductrice de la publication sur leurs pratiques et identités en focalisant, selon eux, la médiation sur l’aspect esthétique et en considérant que la culture gothique n’est qu’une sombre et morbide mode.

 

De cette soirée sur mon terrain de recherche, je relis les informations relevées au cours des observations. Commence ensuite la construction d’une grille d’interview après lecture d’un manuel concernant le récit de vie[5]. La grille d’interview s’affine au rythme des interviews en prenant le soin de marquer des pauses afin de préciser la problématique. Le site internet parano.be me permet d’enrichir mon portefeuille de contacts. Dans mes démarches sur le site, je reçois des « rapports d’enquête » prouvant l’effective surveillance des citoyens hiérarchiquement supérieurs, tel un panneau optique virtuel. Malgré cette découverte inquiétante pour l’évolution du travail, on me laisse cependant poursuivre ; et parfois même des encouragements me sont adressés au vu des raisons de mes recherches.

 

Début juillet 2006, en fin d’une interview alors que la personne relate de l’importance du jeu de rôles dans le milieu gothique, nous apprenons par téléphone qu’une habituée aux soirées gothiques a été retrouvée le crâne défoncé par son meilleur ami inséré également dans le milieu. Cette nouvelle effroyable me plonge, durant quelques instants, dans le doute de savoir si cet événement est réel ou est le produit morbide de l’imagination d’un jeu de rôle auquel participent d’autres gothiques. Cette information s’avère malheureusement vraie. Je me rends compte à quel point il peut être perturbant de vivre au quotidien des jeux d’ambiance morbide  où le réel et l’imaginaire se confondent dans la pratique où aime se baigner l’esprit des personnes intéressées. L’événement tragique m’invite à étudier pour les prochaines interviews la place de la mort dans la culture gothique à travers du parcours de vie des sujets gothiques.

 

Dix-sept récits de vie sont enregistrés à la mi-août, avant que je parte en Erasmus à l’université d’Uppsala, en Suède. Là-bas, je suis le cours de symbolic interactionnism qui est le paradigme que j’utilise pour l’analyse des observations participantes. Durant ce séjour jusqu’en février, occupent une place importante de mon travail dans ce pays : retranscriptions des interviews, recherches sur internet, visualisation de films et écoute de musiques constituant, selon les sujets gothiques, une part de la culture du milieu à étudier, ainsi que lecture de théories et de littérature spécifiques à l’objet d’étude.

 

Un bref retour à Bruxelles s’organise pour mener la seconde immersion sur mon terrain de recherche. Force est de constater sur les lieux la présence d’une équipe de RTL-TVI. La responsable de la soirée m’explique que ces journalistes suivent l’un des participants depuis plus d’une semaine à la demande de celui-ci. Cette demande émane de sa volonté de rompre les stéréotypes et préjugés portés par le milieu gothique mais surtout de faire taire autour de lui la stigmatisation dont il se sent victime au quotidien. L’équipe interviewe caméra à l’épaule celui qui les a interpellés pour monter un reportage sur le quotidien d’un « gothique ». La réaction des autres participants à la soirée est multiple. Mais généralement ceux-ci considèrent qu’il est temps de mettre un terme aux informations médiatiques réductrices. Pour ce faire, ils estiment qu’il serait peut-être plus approprié qu’un montage télévisé émane de la demande d’un des leurs plus que par l’initiative d’une entreprise médiatique lucrative (presse, télévision) à la recherche d’un « scoop » dont certains ont déjà été l’objet. Cette argumentation renforce l’idée selon laquelle le milieu gothique cherche à s’affirmer malgré les images négatives ou banalisées qu’on colporte massivement sur lui. Il y a donc dans le milieu gothique un appel intrinsèque à dépasser la dimension esthétique pour faire comprendre leur culture et les raisons qui les amènent y participer.

 

Samedi 5 mai 2007, j’effectue ma dernière observation participante sur le terrain de recherche. Accompagné d’une personne n’ayant jamais été en contact direct avec le milieu gothique », les remarques et avis de celle-ci m’ont permis d’avoir à ma disposition un « transcripteur oral d’impressions » in vivo, instantané et/ou en différé. Cette dernière étape de la recherche me donnait une certaine saturation d’informations compte tenu que j’observais des faits sociaux que j’avais déjà vus et revus précédemment. J’apprends que la fondatrice et responsable de BliZark n’est plus et je ne parviens pas à savoir pourquoi.

 

Après cette dernière expérience, j’élabore des plans de rédaction pour finalement présenter le développement complet répondant à la question de départ. La réponse se constitue en deux parties. La première concerne l’explication du milieu gothique par sa culture. La seconde développe un idéaltype des parcours biographiques des interviewés expliquant comment ils ont intégré le milieu gothique en se construisant une identité gothique.

 

> suite : PARTIE 1 : CULTURE GOTHIQUE



[1]Blog (contraction de « web » et de « log ») est un mot valise renvoyant à un site internet qui évolue de façon périodique et sur lequel peuvent s’exprimer plus ou moins librement différents internautes.

[2] DURAFOUR, Antoine. Le milieu gothique, sa construction sociale à travers la dimension esthétique. Mémoire de master en sociologie. 2000. Lille I

[3]parano.be est un site communautaire privé francophone. C’est un ensemble de fiche, de groupes et de forum visant à favoriser la création artistique et la communication entre les personnes sans discrimination sociale et culturelle. Pour assurer la protection des utilisateurs contre les fléaux traditionnels (spams, lettres chaînées, fausses fiches, piratages de compte etc.) qui sévissent sur internet un mécanisme de modération innovant est en expérimentation : une pyramide panoptique. C’est une adaptation des théories de Michel Foucault, dans le livre publié en 1975 « Surveiller et punir » où Foucault y développe deux concepts : celui de panoptique et celui des sociétés disciplinaires. (Source : www.fr.wikipedia.com)

[4]Comment peut-on être gothique ?Gaël, Marcel Joris, février 2006, pp. 96-100.

[5] BERTAUX, Daniel. L’enquête et ses méthodes. Le récit de vie. Armand Colin. Paris. 2005. (2e édition)

 

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