A N A L Y S E   D E 

  L A   N É B U L E U S E   G O T H I Q U E

 

ÉTUDE  SOCIO-ANTHROPOLOGIQUE

SUR  LA  CULTURE  ET  L'IDENTITE  GOTHIQUE

 

 

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      INTRODUCTION

     1. Introduction et Question de départ
     2. Problématique
     3. Intérêt de la recherche
     4. Cadre théorique
     5. Méthodologie
     6. Etapes de la recherche

 

 

Introduction

 

En Europe la musique est, chez beaucoup de jeunes contemporains, un moyen de former des groupes de pairs autour d’un goût commun. Depuis les années 1960, nombreux sont les mouvements musicaux ayant socialisé les nouvelles générations. Qu'il s'agisse de musiques rock ou de musiques électroniques, de musiques commerciales ou de musiques dites "alternatives", le monde musical actuel est composé d'innombrables familles ayant chacune des codes sociaux qui lui sont propres. Ainsi la musique est, plus que jamais, devenue un espace de socialisation dans lequel la jeunesse se divise en communautés musicales.

 

L’observateur attentif aura également remarqué depuis quelques années que des jeunes se distinguent par une présentation corporelle sombre – que certains diront morbide – par le port de bijoux parfois choquants, par des pointes en acier, par une teinte blafarde, tantôt de style romantique ou moyenâgeux, tantôt tourné vers le futur. Cette présentation corporelle semble témoigner leur participation à un mouvement musical particulier.

 

Ce mouvement appelé « gothique » a été pointé du doigt lors de multiples événements médiatisés et accusé de pousser la jeunesse à adopter une conduite tantôt associale tantôt suicidaire. Citons par exemple la tuerie en 1998 dans un lycée à Colombine dans le Colorado des États-Unis d’Amérique perpétrée par deux jeunes fans du groupe musical MarilynManson, lequel est considéré par des mass medias comme le représentant emblématique du mouvement gothique et du satanisme occidental. Plus récemment, citons la polémique de l’Eurovision 2006 gagnée par le groupe finlandais Lordi. Celui-ci,déguisé en horribles monstres et chantant sa chanson « Hard Rock Hallelujah » –  complètement atypique par rapport aux concurrents –  avait fait réagir le grand public qui ne voyait pas chez ces rockers la valeur esthétique (principalement musicale et visuelle), digne d’un gagnant de cette grande compétition européenne. La présence du groupe Lordi avait, en quelque sorte, représentée le style gothique au niveau européen. En gagnant la compétition le groupe provoqua la polémique autour d’une question de jugement, celle de reconnaître ou non que ce qui est socialement considéré comme horrible et effrayant peut également être artistique. Voilà pour les trois exemples. Notons également que la presse publie régulièrement des articles[1] sur le mouvement gothique pour répondre à l’inquiétude de parents qui cherchent à se documenter lorsque leur enfant s’investit dans le mouvement et pour, bien évidement, grossir leurs ventes. Le mouvement gothique engendre donc une crainte chez certains de nos contemporains. Il attire aussi l’attention des services de vigilance à l’égard de la jeunesse comme la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES) qui étudie en France les groupes à risques.

 

 

1. Question de départ

 

 

D’abord motivé par l’intérêt de savoir si le milieu gothique représente ou non un espace social alternatif où les membres trouvent épanouissement, sécurité, estime de soi, reconnaissance sociale sans payer le prix d’une périlleuse manipulation, il importe d’abord de poser le fondement de nos interrogations pour aboutir ensuite à une question qui marquera le départ de la recherche.

Souvent associés au satanisme, décrits comme de jeunes suicidaires, les médiatisations rendent mécontents les initiés qui ne voient pas dans le discours des médias et des profanes une compréhension de ce que les participants à ce milieu veulent exprimer et sont en vérité. Préjugés d’une part et stéréotypes d’autre part, les sujets gothiques demandent qu’on les comprenne et qu’on ne pas se limite à l’imagerie provocante qu’ils arborent. Il y a donc un appel à dépasser leurs symboles et à les interpréter pour comprendre les raisons en vertu desquelles ils récupèrent, créent et véhiculent ces imageries. Le sociologue A. Durafour[2] s’est déjà intéressé à la question de la construction sociale du milieu gothique à travers la dimension esthétique. L’étude que je présente se distingue par le fait qu’elle dépasse l’aspect esthétique en dégageant le discours tacite de la culture gothique et de l’enjeu dans lequel il se situe, et ce à travers l’investissement subjectif des interviewés. Cette tentative d’intelligibilité se fait donc par l’explication du processus d’intégration des sujets dans ce milieu et de la construction d’une identité gothique. En d’autre terme, la question de savoir comment et pourquoi des jeunes font le choix de s’intégrer dans le milieu gothique en Belgique francophone sera le socle de notre questionnement. Pour répondre à cette question de départ, nous nous sommes fixés des objectifs qui constituent la problématique.

 
> suite :   2. Problématique

 

[1] Pour ne citer que les articles suivants : Satanisme : Les paumés de la nébuleuse gothique in La Vie, Yann Laurent, 13.10.2005 ; Quand les ado jouent avec le feu in familles chrétiennes, n° 1371, Maryvonne Gasse. 23 -30 avril 2004 ;Les parents désarmés face à la générationgothique in Le Figaro, Delphine de Mallevoüe, 28.06.2005 ;Faut-il avoir peur des gothiques? in Le Point, Chritophe Ono-dit-Biot, 02.06.2005 ; Satan, prince des «gothiques » in Le Monde de l’Education, Julie Chupin, mars 2005 ;Le Mal adolescent in Le Monde des Religions, Isabelle Francq, mars-avril 2005 ;L’univers inquiétant des jeunes « gothiques » in La Croix, Marie Boëton, 03.05.2006 ;Comment peut-on être gothique ? in Gaël, Marcel Joris, février 2006

[2] DURAFOUR, Antoine. Le milieu gothique. Le manuscrit. Paris. 2005.

 

 

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Bertrand de Witte

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